17 novembre 2012

Une librairie à croquer !

Depuis que j’ai installé ma vie ici, je ne cesse de me répéter cette phrase de Jules Renard « Ajoutez deux lettres à Paris : c’est le paradis. » Outre ses musées, boutiques, monuments et autres piments urbains, Paris regorge de librairies des plus charmantes. Contrairement à bien d’autres « objets de consommation courante » (j'ose !), le livre français a la chance d’avoir un prix fixe que vous l’achetiez ici ou là. Il ne faut donc pas se priver de dévorer du papier dans des endroits douillets et feutrés. Je n’ai pas encore fait le tour complet des librairies de la capitale, loin s’en faut, mais il me semble que l’on peut les identifier comme suit : les mastodontes, les mythiques, les fourre-tout, les thématiques.

Librairie     Librairie intérieur

En guise d’allégorie de leur tout puissance, deux géants s’affrontent à fleurets mouchetés de part et d’autre de l’avenue des Champs-Elysées, la Fnac et Virgin. On y trouve un fonds copieux ce qui est fort pratique quand on est pressé. En revanche, le conseil est quasi nul donc peu de différences existent entre ces colosses et les librairies digitales dont les portes s’ouvrent d’un clic. Dans cette ville littéraire par essence, il y a aussi des librairies légendaires comme La Hune. Installée à deux pas de l’église Saint-Germain-des-Prés, ce lieu incontournable fait partie de l'histoire du quartier. Plane ici l’ombre des intellectuels qui y avaient leurs habitudes – Sartre, Beauvoir, Camus, Queneau, pour ne citer qu’eux. Il n'est pas rare d’y croiser encore écrivains, comédiens ou artistes connus. A côté de ce type de « monuments littéraires » résiste également une cohorte de librairies généralistes et indépendantes. A deux de pas de chez moi, rue de la Jonquière dans le XVIIe arrondissement, L’Usage du monde propose une sélection de beaux livres, livres de poche, littérature adulte ou jeunesse et quelques essais. L’espace intime est propice aux découvertes et aux divagations oniriques… Les libraires sont attentifs et épris de belles lettres.

L'usage du monde

Enfin, nombre de libraires ont eu l’idée de se spécialiser afin de sauver leur peau. S’adresser aux professionnels et aux passionnés semble une excellente réponse à la concurrence du web et un remède à la crise dont le livre est le book émissaire. Le Genre urbain à Belleville se développe autour du thème de la ville : urbanisme, architecture, sociologie, histoire, géographie, développement durable... Une sélection propre à informer le lecteur sur les « évolutions urbaines contemporaines ». Un endroit sympathique où l’on se sent bien. La librairie du Centre Pompidou est absolument bondée mais propose tant de références intéressantes en matière d’art contemporain qu’il serait dommage de s’en passer. Je ne les ai pas toutes parcourues mais visiblement il en existe aussi pour les fashions victims (Librairie de la Mode dans le Ier), les cinéphiles (Ciné Reflet, VIe), les musiciens (Librairie Parallèles, Ier), les amoureux de la grande bleue (Librairie de la mer,XVe), les semelles de vent (Librairie Voyageurs du monde dans le IIe)… Et s’il y en a pour tous les goûts, il y en a forcément aussi pour les gastronomes que nous sommes ! Allons faire un petit tour du côté de la librairie gourmande, 92-96 rue de Montmartre, dans le IIe arrondissement.

 Librairie gourmande     Librairie gourmande logo

L’entrée ne paye pas de mine. De prime abord, les libraires sont un tantinet distantes et bavardent entre elles sans retenue. Mais leurs conseils s’avèrent finalement pertinents et efficaces. Quant à l’espace, je m’attendais à un gracieux écrin où auraient été regroupés des ouvrages triés sur le volet. Que nenni, la vocation de ce lieu est plutôt d’être exhaustif et finalement ce n’est pas plus mal. Livres rares, anciens ou récents et revues spécialisées sont compilés. Les populaires Marabout ou Hachette pratique côtoient les ambitieux Agnès Vienot et Apicius. La sélection n’est pas sectaire. L’ensemble est classé par rubriques : arts de la table, livres de chefs, cuisine générale, cuisine régionale, cuisine du monde, boulangerie et pâtisserie, œnologie, bières, vins et cocktails...  Des cupcakes à la cuisine moléculaire, en passant par la gastronomie scandinave ou végétarienne, on trouve ici tout ce que l’on cherche et bien plus encore. Car contrairement aux librairies numériques, la vocation d’une librairie telle que celle-ci est de nous faire découvrir de nouvelles choses et d’ouvrir nos perspectives gourmandes.

J’ai pour ma part craqué pour Le vrai goût du Japon de Emmanuelle Jary et Jean-François Mallet aux éditions Aubanel. Cette traversée du Japon est un régal pour les yeux tant les photos sont belles : portraits in situ de spécialistes ou de grands chefs, gros plans sur d’alléchantes nourritures, scènes de rituels autour de la prise des repas… Nous suivons les découvertes de nos auteurs-voyageurs pas à pas de Kobe à Tokyo en passant par Kyoto ou Kanazawa dans les Alpes japonaises. Le texte alterne intelligemment récit de cette exotique immersion et recettes. Et c’est toute la culture nippone qui est décrite à travers le prisme de l’assiette. Les mets en deviennent l’incarnation charnelle et nous disent beaucoup sur ce peuple aux traditions fascinantes. Car le vrai goût du Japon ce n’est pas seulement celui des sushis et des yakitoris !  

Le vrai goût du Japon

Vous l’aurez donc compris, à la Librairie gourmande les collectionneurs de recettes en prendront plein les mirettes ! Car des livres aux lèvres, il n’y a qu’un pas. Mais mon périple cu-LIT-naire ne s’arrête pas là. Je compte prochainement jeter mon ancre à la Cocotte dans le XIe. En plus de livres, cette autre librairie du goût propose une sélection d’objets pour la cuisine, un salon de thé et des ateliers pratiques. Et si cette balade en vaut le coup, je jetterais bientôt mon encre ici !


13 novembre 2012

Le bon frometon de nos burons

Ahhhh l’Auvergne ! Ses hommes politiques conquérants et accordéonants ; son symbole glamour aux yeux du monde : le pneu ; son rock des plus volcaniques (Clermont fut nommée ville la plus rock de France en 2009) ; son herbe tendre filmée sous toutes les coutures pour vanter les vertus de l’eau que Zizou s’envoyait avant d’aller boxer ; son train à crémaillère capable de défier tous les reliefs ; ses stations de ski abondamment enneigées de novembre à juin. Mais surtout ses fromages goûtus et variés que le monde entier nous envie. Comme le proclamait la pub, « l’Auvergne est un grand plateau de fromages » et ça personne n’oserait le contredire !

Buron de la fumade vieille  Made in france  Plateau de fromages AOP d'Auvergne

L’Auvergne est la seule région de France à produire cinq fromages d’Appellation d’Origine Protégée : le cantal, le saint-nectaire, la fourme d’Ambert, le bleu d’Auvergne et le salers. Cette appellation permet de protéger, de valoriser et de pérenniser des savoir-faire ancestraux. Le plateau de fromages auvergnat s’enrichit aussi des moins connus mais tout aussi succulents gaperon, laguiole, lavort, fourme de Rochefort, fourme de Montbrison, bleu de Laqueuille, brique du Forez, chambérat, carré d’Aurillac, fouchtra,  pavin, grand murol, murolaitDes Monts du Forez au Sancy, des Monts Dore au massif du Cantal, c’est toute la diversité des terroirs qui s’exprime à travers les arômes et les saveurs de ces mets d’exception. Si certains fromages en plastique provoquent des réactions épidermiques, le goût volcanique des fromages d’Auvergne est des plus extatiques ! Même les ricains ne boudent plus nos fromages qui puent : Mac Do en met régulièrement dans ses sandwichs.

Hormis en hamburgers – pas terrible tout de même –, comment déguster le bon frometon de nos régions ? En plateau bien sûr ! Comme le disait Brillat-Savarin : « un repas sans fromage est une belle à qui il manque un œil » (La Physiologie du goût, 1825). Et dire que certains restos français dits « gastros » ne proposent même pas de fromage dans des menus haut de gamme… N’importe quoi ! Dans ma famille, on se damnerait pour un morceau de cantal entre-deux accompagné d’une confiture de fruits rouges sur une tranche de pain frais. Un repas complet puisqu’il y a le laitage, le fruit et la céréale ! Hummm… Je vous conseille vivement cette tartine. Rien que d’y penser, je m’en pourlèche les babines ! Pour accompagner un beau plateau, on peut picorer des fruits secs et picoler cul sec ! Trêve de chauvinisme, exit les vins d’Auvergne, il y a quand même mieux. Préférez un Margaux, un Bergerac, un Buzet ou un Cahors. Le fromage de nos volcans entre aussi dans la composition des meilleures recettes bougnates : l’aligot, la truffade, la raclette auvergnate, la tarte au gaperon, les croquettes de cantal panées…

Saint-nectaire 2  Saint-nectaires en cave  Saint-nectaire

Native du Puy-de-Dôme, mon fromage préféré est sans conteste le saint-nectaire (saint-nec pour les intimes). Premier fromage d'Auvergne à avoir bénéficié en 1955 d'une AOC, le saint-nectaire gagna ses lettres de noblesse au XVIIe siècle, époque à laquelle il fut introduit à la cour du Roi Soleil par le Maréchal de France Henri de Sennecterre, d’où son petit sobriquet « fromage du roi ». Fabriqué au lait cru, il est produit au cœur du Massif du Sancy et jusque dans le Cantal. C'est une fromage à pâte pressée non cuite et à croûte fleurie. Le velours qui recouvre sa pâte onctueuse est cendré, jaune ou orangé. Sa saveur particulière, dont le bon goût de noisette est caractéristique, lui vient de la qualité et de la variété d’herbes dont les vaches se nourrissent. On le choisit fermier – reconnaissable grâce à son tampon ovale de couleur verte – car il est encore meilleur !

Ce samedi, de retour du pays et le frigo généreusement garni, une forte envie de parfumer l’appart me prit. C’est ainsi que naquit un apéro dînatoire des plus exquis ! Pour contrebalancer notre shoot calorique et nous donner bonne conscience, nous avons d’abord disposé des tomates cerises et des champignons crus dans des ramequins. Côté fromage, nous avons concocté de belles tartines au cantal façon Chantal (mini-pizzas sur baguette). Puis inventé le nec plus ultra des tartelettes dont voici la recette (pour 6 pièces).

 Tartines façon Chantal 2     Le nec plus ultra des tartelettes 2       

Pour la pâte brisée (il est interdit d’utiliser une pâte toute faite tant celle-ci est rapide et simpliste !) :
- 300 g de farine
- 150 g de beurre
- 80 g de lait
- une grosse pincée de sel

Pour la garniture :
- un demi chou-fleur ou un petit brocoli (les fainéants et les pressés utiliseront des légumes surgelés bien pratiques ma foi)
- une petite barquette de lardons fumés
- 300 g de saint-nectaire fermier
- 30 cl de lait
- 2 œufs
- une petite tasse de gruyère
- cumin
- muscade
- sel
- poivre

Commencez par faire cuire les bouquets de chou à l’eau ou à la vapeur selon vos habitudes.

Pour préparer la pâte, placez le beurre coupé en parcelle dans un saladier puis faites-le légèrement ramollir au micro-ondes. Versez la farine sur le beurre puis formez un sable en pétrissant du bout des doigts. Versez le lait, le sel et liez le tout en formant une boule. Sortez ladite boule du saladier sur la table à pâtisser préalablement farinée puis formez six boules à étaler avec votre rouleau à pâtisserie sur six carrés de feuille de cuisson.

Une fois la pâte disposée dans les moules, répartissez équitablement les lardons et le chou égoutté sur la pâte.

Dans un saladier, coupez le saint-nectaire en petits dés puis versez le lait dessus et faites fondre l’ensemble au micro-ondes quelques secondes jusqu’à ce que l’appareil soit lisse et onctueux. Salez, poivrez puis ajoutez les épices. Lorsque le mélange est refroidi, incorporez-y les œufs, battez en omelette puis recouvrez les tartelettes de ce mélange. Terminez en saupoudrant de gruyère.

Faites cuire à 200° entre 20 et 30 minutes selon la puissance de votre four.

Dégustez tiède coupées en quart. Vous allez en faire tout un fromage…

Et pour qui pue du bec, n’oubliez pas les bonbecs !  

Tartelette     Apéro exquis

09 novembre 2012

Une métamorphose qui tourne mal

Pourquoi parler d’un livre qui ne m’a pas enthousiasmée plus que ça ? Pourquoi ne pas réserver cet espace digital aux pépites et aux coups de cœur ? Large débat… Mais je dirais que la lecture, comme le fil de la vie, est parfois inci- ou accidentée. Il y a, dans l’espace intime tissé entre elle et nous, des sommets, des vallons, des espoirs, des déceptions, des surprises. Je ne suis pas là pour abattre un livre ou un auteur mais pour évoquer un moment de lecture. Mon jugement ne demande qu’à être contrarié !

Je viens donc aujourd’hui partager mon point de vue sur Métamorphose en bord de ciel de Mathias Malzieu. Si cela vous a échappé, cet auteur mène parallèlement une carrière de musicien ; il est l’emblématique leader du groupe de rock acidulé Dionysos. Romans et disques n’ont de cesse de se répondre. Cette alchimie s’illustre à travers les romans Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi (sorti en 2005), dont l’écho musical est Monsters in love, et La Mécanique du cœur (sorti en 2007) dont la bande son est éponyme. Le rock de Métamorphose en bord de ciel a été pressé sur la galette Bird’N’roll en mars 2012, un an après l’édition du roman.

 Mathias Malzieu     Dionysos

Mathias Malzieu sait écrire des histoires et des chansons qu’on aime. M&M’s en croute de mots, on croque dedans à pleines dents comme de grands enfants. L’enrobage est sucré mais l’intérieur sombre et velouté. De ces récits émane un univers fragile, sidéral et invariablement inadapté à la modernité. Féériques, oniriques, rythmiques, ces contes savent jouer une petite musique atypique propre à séduire un triptyque de sceptiques. Et susceptibles, en outre, de tirer tour à tour chez le lecteur la corde sensible, curieuse ou comique. Grâce à une imagination débordante, Malzieu sait accorder de bouillonnants moments de poésie. La pudeur et la tendresse de ce lyrisme sont les instruments d’une grâce céleste.

Mais quid de son dernier opus littéraire Métamorphose en bord de ciel ? A première vue, le packaging est soigné et ne déroge pas à la règle appliquée aux précédents titres : première de couverture rouge et noire à la Tim Burton agrémentée d’un titre prometteur. « Métamorphose » et « bord du ciel » sont deux espaces qui ouvrent instantanément les perspectives du rêve et dont l’association porte vers le merveilleux. C’est donc le cœur rempli de confiance et d’espérance que j’entame ce nouvel ouvrage.

  Métamorphose en bord de ciel     Bird'N'Roll

Mâles et mal dans leur peau, tous les (anti)héros de ce zicos le sont : Mathias (Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi), Jack (La Mécanique du cœur) et ici Tom Hématome Cloudman, le plus mauvais cascadeur du monde. Ses performances de voltige involontairement comiques lui valent la gloire auprès du public quand lui nourrit quotidiennement le rêve de voler. « Mâle » caractérise aussi le style de Malzieu. De cette foisonnante éjaculation littéraire surgit un verbe intense, immense, dense. Et dansent trouvailles, affiliations, inventions de mots et de maux. Un médecin soignant Tom Cloudman pour une énième fracture décèle chez lui une maladie incurable. L’ombre planante de la mort est le motif que Malzieu tente éternellement de dompter par le prisme de l’écriture et qu’il finit par ériger en leitmotiv.

Mais aujourd’hui Malzieu nous fait mal. Si j’osais, je dirais qu’il ne nous éblouit plus mais nous fait mal aux yeux (et j’ose !). Du paradis sorcier qu’il savait bricoler, nulle féérie ne se créée. La petite baguette qui orchestrait ses mélodies fantasmatiques n’est plus magique. Alors que son héros rêve de voler pour se soigner, Malzieu a la plume malade. Ses néologismes n’ont plus l’audace et la vivacité qu’on leurs connaissait. Idem pour les métaphores ; elles ont perdu de leur croustillant et de leur profondeur. Certaines images sont redondantes, gratuites et mécaniques au lieu d’être complémentaires et subtiles. La ronde des différents registres sur lesquels joue Malzieu est boiteuse. A l’instar du protagoniste Tom Cloudman, les figures ont perdu leur style et tombent immuablement à plat. La noirceur cosmique de jadis a été remplacée par la fadeur des paysages, des personnages et des situations.

Bref, Mathias Malzieu lui aussi s’est métamorphosé. Espérons que cet état ne soit que temporaire et qu’il planera très bientôt vers les cieux lumineux dont sa plume est capable de l’emmener. Si la petite musique astrale de Métamorphose en bord de ciel n’agit pas et que sa force évocatrice s’est ici évanouie, je vous conseille néanmoins de vous plonger dans les précédents titres de l’artiste. L’exubérant et facétieux Malzieu saura vous séduire à coup sûr car il y est sincère.

La Betterave dans la tête    Endorphine 2    Endorphine

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05 novembre 2012

Barcelone clés en main

Destination vacances par excellence et bouillonnante capitale catalane, Barcelone sait piquer la curiosité d’un large public par l’éventail des charmes qu’elle renferme. Si vous décidez d’aller la visiter, mon premier conseil est de rester là-bas au moins une semaine. Ne vous contentez surtout pas d’un simple week-end. Cette ville fourmille de trésors cachés qu’un passage express ne vous permettra pas de débusquer. J’ai rassemblé ici mes meilleurs souvenirs estivaux pour vous offrir cinq clés. Ces  quelques sésames en poche, les portes de cette ville mythique s’ouvriront d’elles-mêmes !

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- Boire un jus de fruits à la Boqueria. Si elle demeure un haut lieu du tourisme barcelonais et si les visiteurs en goguette y sont bien plus nombreux que les autochtones, il ne faut pas pour autant fuir la Boqueria. Ce marché d’alimentation, parmi les plus grands d’Europe, vous séduira par son effervescence et le nombre des délices dont il regorge. Fouler l’asphalte jusqu’à lui dès le premier jour est un bon moyen de s’immerger illico dans l’ambiance de la cité. Véritable corne d’abondance, il est difficile de fixer son attention quelque part tant les tentations sont nombreuses : fruits, légumes, confiseries, fromage, fruits de mer, poisson, jamón… Odeurs et couleurs composent une palette d’une rare intensité. Gargouillis et autres grognements d’envie surgiront brusquement de votre estomac en émoi ! Si le prix des charcuteries vous fera bondir, je vous conseille néanmoins de vous laisser tenter par un jus de fruits frais : fraise-mangue, banane-passion, orange-kiwi… Elaboré à base de fruits pressés sur place, il emportera instantanément vos papilles au pays des régals. Jamais fruits et paradis n’auront formé un cocktail de rimes aussi parfait ! Les autres mercats de Barcelone, comme le marché Saint-Catherine ou le marché Saint-Antoine (actuellement en travaux), sont également à parcourir car plus propices aux « vraies » emplettes. L’ambiance y est plus calme et les prix plus doux.

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- Partir à la rencontre de Gaudí. Rares sont les villes si profondément marquées du sceau d’un artiste. Architecte génial, Gaudí a su insuffler sa folie créatrice à l’ensemble de la cité. La basilique de la Sagrada Família est évidement un passage obligé, mais ne vous contentez surtout pas de l’observer depuis l’extérieur. Son antre est un spectacle à ne manquer sous aucun prétexte ! Les rayons du soleil, filtrés à travers les vitraux colorés, jouent à cache-cache avec la structure en dentelle de pierre et créent un décor éphémère en fonction de leur position et de leur intensité. La visite se poursuit par l’ascension des flèches. Là encore, il serait dommage de se laisser décourager par l’affluence tant le panorama qu’elles offrent sur la ville est saisissant. Gaudí est également l’extravagant créateur du Parc Güell. Malgré la masse de touristes qui s’amoncellent autour de la célèbre fontaine salamandre, une balade dans cet étonnant jardin de 20 hectares vaut le détour. Vous pourrez ainsi admirer un décor digne d’Alice au pays des merveilles — mosaïques chatoyantes, colonnades imposantes, toitures en crème chantilly amusantes, etc. — puis grimper tout en haut et contempler un nouveau point de vue sur la ville. Cette plongée dans l’univers drolatique de Gaudí se prolonge par la visite d’une des maisons du Passage de Gràcia. La casa Batlló vous épatera par l’abondance de ses couleurs et le luxe des détails bizarroïdes qui foisonnent sous son toit d’écaille. 

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- Flâner et se perdre dans le vieux Barcelone. Forte d’un héritage de plus de deux milles ans, la belle catalane est riche d’influences romaines, gothiques et modernistes à découvrir au gré de vos divagations dans les quartiers El Raval, le Barri Gótic, la Ribera, El Born… L’art est omniprésent et marque de son empreinte les différentes époques. Vagabonder au hasard des rues salées de la ciudad, c’est se laisser la chance de rencontres et de découvertes impromptues. Une cour carrée cache une fontaine désaltérante ou une façade étonnante. Au détour d’une rue, l’une des nombreuses œuvres d’art parsemées dans la ville se dresse. De surprise en surprise, vos chaussures traceront leur chemin et ne compteront plus le nombre de vos pas. Barcelone n’est pas une vitrine, son pouls créatif bat toujours et offre de superbes œuvres de street art. Héritiers urbains de Miró, Picasso, Dalí… les graffeurs redoublent d’audace et continuent de modifier la plastique de la ville. Mimes, jongleurs et musiciens baguenaudent eux aussi dans les ruelles étroites pour présenter leurs numéros ou titiller leurs instruments. Au son de la guitare, l’ambiance charnelle captée par Woody Allen dans Vicky Cristina Barcelona s’immisce dans la cité et tisse une intimité pénétrante entre elle et ses hôtes.  

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- Profiter de la douceur du soir. A Barcelone, il faut tout de suite abandonner ses habitudes et se mettre dare-dare à l’heure espagnole. On se lève tard, on déjeune en conséquence, on fait un brin de sieste, on attaque les visites au creux de l’après-midi puis on profite de la tiédeur de la fin de journée pour se détendre avant d’aller dîner. Cette relative baisse des températures permet de jouir des plaisirs de la mer sans pour autant griller comme un petit pain. De Barceloneta, l’ancien quartier de pécheurs, aux zones résidentielles érigées pour les JO de 1992, de belles plages déroulent leurs charmes sur plusieurs kilomètres. L’été, vers 18 h, l’atmosphère se fait ici moins étouffante, les enfants regagnent leurs pénates, la plage devient plus apéritive et offre encore la possibilité d’un bain rafraîchissant. Revenir dans le centre-ville à pied en longeant le front de mer est une charmante idée de promenade. Buller à l’ombre est également une activité praticable dans les nombreux parcs et jardins dont dispose la ville. Le Parc Güell, dont nous avons déjà parlé, mais aussi le Parc de la Ciudad ou le quartier perché de Monjuïc sont de vrais petits coins d’Eden ! Le premier renferme une cascade monumentale conçue par Gaudí lorsqu’il était étudiant, d’agréables allées plantées ou encore un bassin pour faire du canotage. La colline de Montjuïc offre des jardins luxuriants et une vue imprenable sur Barcelone. Si vous gravissez cette butte, profitez-en aussi pour admirer les impressionnantes installations Olympiques et visiter quelques musées comme la superbe Fondation Joan Miró. Après s’être baigné ou mis au vert, sachez que Barcelone est un vivier de zincs d’excellente facture. Les cocktails et les vins y sont bon marché et gouleyants.

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- Goûter le Pérou au restaurant le Q Bar. Aussi étonnant soit-il, ce n’est ni un restaurant espagnol ni un bar à tapas que je vous recommande en priorité mais un restaurant péruvien. Cette communauté fait drôlement bien jongler les assiettes et jubiler les papilles gourmettes ! Dans un décor baroque des plus barrés, vous vous régalerez d’une délicieuse sangria, de tapas extras et de merveilleux petits plats. Mention spéciale pour les calamars frits, le cœur de veau épicé et les couteaux aux herbes. Au rayon des restos de haute volée, ne loupez pas non plus le classieux Ohla gastrobar. Dans un cadre aux lignes épurées, la cuisine ouverte permet d’observer les cuistots en pleine action. Je ne saurais trop vous conseiller les moules en escabèche ou le coulant de gianduja et son toffee aux fruits de la passion. Deux plats à tomber à la renverse ! Sachez que les établissements dignes de ce nom — c’est-à-dire non-exclusivement réservés aux touristes — ne vous accueilleront pas à 19 h ou 19 h 30. Il n’est pas rare d’observer les Barcelonais s’attablant au-delà de 23 h. Enfin, ne prenez pas tous vos repas au restaurant. Il serait dommage de ne pas tenter de cuisiner les beaux poissons et coquillages du marché Saint-Antoine.

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Pétillante, audacieuse, électrique et gourmande, vous l’aurez compris, Barcelone vaut le détour ! Alors si l’envie de mettre vos pas dans ceux du jeune Romain Duris vous démange depuis dix ans, n’hésitez plus, foncez ! Les portes de l’auberge espagnole vous sont désormais grandes ouvertes. Et ne me remerciez pas pour ce trousseau de bons conseils, votre indéfectible allégeance me suffira !

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26 octobre 2012

Avant, je n’aimais pas le cirque. Mais ça, c’était avant !

Avant, je n’aimais pas le cirque à cause des CE et de la télé. Ce type de spectacles rimait alors avec grand-messe de noël en carton-pâte d’où fusaient des rires d’enfants sur commande ou avec Patrick Sébastien animant des samedis soir malheureux. Avant, je n’aimais pas le cirque à cause de ses codes et conventions sassés et ressassés. Un genre artistique non poétique, sclérosé et dénué d’humanité et d’inventivité. Avant, je n’aimais pas le cirque à cause du dressage des animaux et des hommes. Exhibition sans émotion d’une faune rendue aphone et d’humains changés en chiens dans l'arène d’une foire où le démonstrateur s’appelle ironiquement Loyal. Malgré ces préjugés, une invitation à l’avant-première du spectacle Eclat et une curiosité toujours en alerte ont guidé mes pas au Cirque Bouglione, autrement dit Cirque d’Hiver.

C’est d’abord un lieu surprenant qui nous accueille et cueille notre bonne humeur. Le Prince Louis-Napoléon l’inaugura en 1852. Difficile d’imaginer un tel endroit en plein cœur de Paris pour la provinciale que je suis. Mais au détour d’une rue, le voici qui se dresse, immuable et gracieux, ce grand chapiteau de pierre claire. Décidément, Paris n’a pas fini de nous étonner ! Inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques et surmontée de hauts-reliefs, de frises et de statues, la façade du Cirque d’Hiver donne envie de pousser la porte.

                         Affiche            Cirque d'hiver

Une fois entré, on est bluffé par l’immensité et la beauté des lieux. Le poids du passé est tout de suite prégnant. Acquis par les Bouglione en 1934, ce cirque a servi de décor à de nombreux spectacles mais aussi à l’émission mythique « La Piste aux étoiles ». L’histoire de cette famille est indissociable de celle des arts circassiens et du fantasme qui stimule le plaisir des spectateurs. Ces Roms pakistanais montreurs d’ours en Italie au XVIIIe siècle n’ont rien de banal et la légende continue de faire mouche sur scène avec la présence de plusieurs représentants de cette illustre lignée. 

Pendant deux heures trente, une spectaculaire machinerie fait rouler ses mécaniques sous nos yeux intrigués. Le personnel est abondant en salle comme en coulisses, les tableaux s’enchaînent avec une facilité déconcertante : cerceau, dressage de fauves, de chevaux, de chiens, jongle, trapèze, acrobatie, pole-dance, tir à l’arbalète et lancer de couteaux, sangles, voltige, magie (par les Bouglione en culottes courtes), danseuses, clowns. Les artistes ne manquent pas de panache et, contre toute attente, on ne s’ennuie pas !

Ce dispositif bien huilé agrémenté de magnifiques jeux de lumière et d’un orchestre de douze musiciens fonctionne parfaitement. Le décor carmin et or est sublimé par différentes ambiances lumineuses au fil des numéros. La partition fait alterner morceaux traditionnels et reprises de tubes contemporains (Véronique Sanson, Michael Jackson, Gotan Projet, etc.). Je me suis même surprise en train de danser ! Le moment est festif et chaleureux.

            Cirque intérieur     fauves

Toutefois, quelques détails altèrent cet enthousiasme.

Monsieur Loyal met souvent l’accent sur la volonté des Bouglione de revisiter le genre. Mais, en vérité, ce cirque a du mal à se réinventer. Les numéros sont attendus et on a l’impression de les avoir déjà vus mille fois sans pourtant être familiers des chapiteaux. Le genre demeure enfermé dans ses codes et, malgré quelques timides tentatives — comme un numéro mariant trapèze et tango ou une démonstration hydrique de claquettes et de jongle —, rien ne nous étonne vraiment.

D’autre part, la seule émotion sollicitée est l’admiration. Ohhh ! c’est beau !!! Ohhh ! c’est impressionnant !!! Ahhh ! il n’a pas tué sa femme avec ses couteaux !!! Dans une société où nous sommes bombardés d’images spectaculaires, comme celles d’un homme sautant en parachute depuis l’espace, peu de choses sont encore susceptibles de pimenter notre quotidien d’adulte. Ce qui fonctionnait il y a 50 ans ne peut avoir le même impact aujourd’hui. Les voies de la poésie, de la suggestion ou de l’illusion me semblent désormais plus pertinentes dans l’enceinte d’un cirque.

Cette quête d’admiration se développe chez les artistes dans une course à la perfection. Et lorsque tout est  impeccable, nous sommes proches du bâillement. Les corps se tordent dans tous les sens, les numéros s’exécutent à merveille, les animaux obéissent aux doigts et à l’œil… Il n’y a pas de place pour le fragile, le timide ou le boiteux. Heureusement, il y a des erreurs et, lorsque les artistes chutent avant de retenter une pirouette, nous vibrons enfin ! Ces acrobates, voltigeurs, jongleurs ne sont donc pas des machines, ouf ! Les clowns, eux aussi, redonnent un peu d’humanité à l’ensemble par leurs vices et leur gaucherie.

Enfin, une question me turlupine : pourquoi les femmes sont-elles si souvent reléguées au rang de potiches à paillettes ? Celle qui se fait tirer dessus à l’arbalète arbore, en lieu et place d’un pantalon, une simple culotte. Une jolie culotte, certes, mais son tireur de mari est quant à lui vêtu d’un pantalon des plus sobres. En outre, les danseuses n’ont pas de numéros à proprement dit. Elles assurent simplement des transitions sexy entre les passages sur scène des autres artistes. Je ne veux pas jouer les chiennes de garde enragées et ne crache pas sur l’idée de faire entrer le cabaret et un peu de sensualité sous le chapiteau, mais moi aussi j’aime bien les hommes en dessous et là… je reste sur ma faim ! 

Malgré ses difficultés à se moderniser, son besoin viscéral de nous épater, sa quête de perfection un peu chiante et ses frêles élans de misogynie, le cirque est tout de même extraordinaire. Le beau spectacle qu’il nous offre, la générosité qui en émane et le fantasme qui se dégage de son histoire nous font passer un excellent moment. Avant, je n’aimais pas le cirque. Mais ça, c’était avant. Je me suis Eclatée et j’y retournerai !

                                                     bouglione

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23 octobre 2012

La Moustache, roman un poil rasoir d’Emmanuel Carrère

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Marc et Agnès forment un couple banal. Lui, architecte dans un cabinet qu’il codirige. Elle, attachée de presse aux éditions Belin. Ils vivent à Paris dans l’amour, la tendresse et le confort d’une vie sans heurt. Un jour, pensant étonner sa femme et son entourage, Marc rase la moustache qu’il porte depuis dix ans. Cet acte, a priori anodin, est l’élément central du roman.

Lorsque Marc sort de la salle de bains, Agnès fait mine de ne pas remarquer cette transformation. Lors du dîner qui s’en suit chez leurs amis, Serge et Véronique, personne ne commente ce geste. Le lendemain, ses collègues de travail ne paraissent pas plus intéressés par ce changement de physionomie. Ou tout du moins, personne ne prend la peine d’émettre un commentaire.

Marc pense d’abord à une vaste blague montée par Agnès dans la complicité de tous. Oscillant entre l’incompréhension, la surprise et la vexation, il abandonne la piste du gag pour celle de l’hallucination, voire de la dépression. Mais de qui ? De sa femme sûrement… Ou de lui, peut-être.

Marc échafaude tout un tas de stratégies pour vérifier avoir jadis bien eu une moustache mais aucune ne semble donner de réponse fiable. Agnès pousse le vice ou la folie — telle est la question — jusqu’à nier le souvenir de vacances récentes à Java. Serge et Véronique n’ont jamais existé non plus. Et le père de Marc, qu’il croyait en vie, est décédé il y a plusieurs mois. La réalité se brouille dangereusement.

L’hypothèse du complot surgit alors dans l’esprit de Marc. Les ficelles de cette intrigue ne sont ni celles d’une plaisanterie, ni celles de l’aliénation mais celles de la perversité d’Agnès. Elle a bâti ce plan diabolique pour vivre paisiblement son histoire d’amour avec Jérôme, l’associé de Marc. Pris de panique et immensément fatigué par cette épopée insensée, Marc prend un avion pour Hong-Kong. Réalisant sur place sa fragilité, il imagine désormais vivre reclus au bout du monde. La question qui cristallise le récit reste en suspens.      

              Moustaches          Moustaches         Moustaches

Le roman explore avec brio les tréfonds de l’âme humaine et la quête de soi. On suit minutieusement le raisonnement et les hypothèses de tout poil qu’édifie tour à tour le héros. Adhérant à l’une puis à l’autre explication, toute vraisemblance semble nous échapper nous aussi. Cette quête de sens se transforme en ballotement incessant.

Les théories croisées, bien qu’extrêmement justes et psychologiquement pertinentes, sont parfois redondantes, lassantes et finissent par nous barber passablement. L’envie de couper court nous effleure nous aussi. Après tout, si notre héros a eu ou non une moustache nous importe peu. Que ses bacchantes, glorieuses ou autres poils d’ornement aillent au diable !

C’est la perspective du dénouement qui nous incite à poursuivre notre lecture et nous maintient en haleine. Comment Emmanuel Carrère va-t-il réussir à se tirer de ce pétrin et quelle issue trouvera-t-il à son héros ? Pour conclure, l’auteur s’en sort par une pirouette. Il nous renvoie à notre propre folie en nous faisant reconsidérer l’ensemble du récit. Ai-je bien compris ? Ne perdrais-je pas la tête moi aussi ? Mais cette stratégie, en définitive assez banale, ne justifie pas la description infinie des errements de notre héros.

L’enjeu véritable de la folie n’est pas assez prégnant et cette porte de secours se révèle finalement un procédé factice dont le lecteur n’est pas dupe. Je suis donc assez perplexe à l’issue de cette lecture. Peut-être que le visionnage du film éponyme, réalisé par Emmanuel Carrère lui-même, m’éclairera sur ses intentions… Et que le formidable Vincent Lindon me passionnera davantage.

Film - La moustache

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16 octobre 2012

La Fête pompette de Montmartre

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Ce week-end avait lieu à Montmartre la 79e Fête des vendanges. Quand on a la chance de vivre dans ce chouette quartier et qu’on aime bien boire un petit coup, quoi de plus normal que de prendre part à cette joyeuse célébration ?!  Si le vin de la butte nous bute et nous rebute par son prix et sa piètre réputation gustative, la fête qui le célèbre est l’un des rendez-vous les plus populaires de la capitale après Paris Plages et La Nuit Blanche. Deux ans après l’inscription du « repas gastronomique des Français » au Patrimoine immatériel de l'humanité par l'Unesco, les organisateurs ont décidé de mettre nos sens en éveil et de célébrer les gourmandises. Quelle bonne idée ! Cinq jours durant, Montmartre offrait donc aux Parisiens dégustations, concerts, ateliers et bien d’autres animations alléchantes.

En raison d’inquiétants nuages accumulés au dessus des toits de Paris, nous nous sommes armés de bottes et de parapluies pour aller admirer le feu d’artifice orchestré par Joseph Couturier samedi soir au dessus du Sacré Cœur. Pétards et fusées côtoyaient étoiles célestes et étoiles gourmandes dans une jolie métaphore gastronomique contée et mélodique. En guise de champagne, de grandes gerbes dorées retombant en chapelets scintillants nous étaient d’abord servies. Puis d’explosions pyrotechniques en illusions gastronomiques, un menu de fête a déroulé ses charmes sous nos yeux d’enfants. Beaucoup de poésie et de drôlerie ont agrémenté ces tableaux enflammés jusqu’au dessert mais quelques faiblesses dans le vocabulaire technique de ces mises en bouche ont quelque peu terni l’ensemble. Pour autant, nous n’avons absolument pas regretté d’avoir assisté à cette ardente déclaration d’amour à la gastronomie française. 

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A l’issue du spectacle, nous sommes montés tout en haut de la butte où se tenait une balade gourmande. Mais entre bousculades et cris d’ivrognes (pas tous imbibés du breuvage que nous célébrions alors !), nous avons eu du mal à profiter des stands mettant à l’honneur goûts et saveurs de nos régions. Dégoût et odeurs étaient plutôt légion dans cette masse joyeusement alcoolisée.

Dimanche matin avait lieu la cérémonie des non-demandes en mariage qui rend hommage à Georges Brassens et consacre l’amour dans le décor de la place des Abbesses. Les amoureux sont déclarés « fiancés pour l’éternité » par Daniel Vaillant, maire du XVIIIe. Une initiative loufoque et originale comme on les aime ! Mais habitant dans le quartier depuis peu de temps, nous nous sommes réveillés un peu tard et l’inscription nous est passée sous le nez. Une autre fois peut-être…

L’après-midi, direction La Cigale où se tenait un spectacle gourmand pour clore les festivités.
Gérard Chaillou (alias Jean-Guy dans « Caméra café ») nous a offert un extrait de son spectacle « L’Art des mets ». Nous nous sommes notamment délectés de la lecture d’une désopilante préface de Michel Galabru ouvrant un ouvrage sur les truffes. Dans la bouche de Gérard Chaillou, la verve de Galabru reprend vie et dévoile un rêve : « être enfin une truffe, une vraie, une Mélanosporum, et passer enfin à la casserole ! » Génial !
S’en suivait un numéro de jonglerie des plus inhabituels, « Bistrot », par la compagnie Olof Zitoun. Dans le décor d’un bar crasseux, trois jongleurs-comédiens firent virevolter des bouteilles et des verres au rythme de la mandoline et de la derbouka. Ambiance tzigane-orientale insolite et un tantinet comique. Délicieux !

Enfin, ce beau week-end de fête se terminait sur le concert de l’auteur-compositeur-interprète Thomas Fersen dans une salle toute acquise à sa cause et reprenant en cœur de nombreux morceaux. Nos oreilles ont été copieusement assaisonnées par la voix caverneuse que Thomas Fersen pose sur des textes ciselés. Il se révèle être un artiste mutin, rêveur, élégant et décalé qui ne sombre jamais dans le pathos mais brosse des personnages naïfs issus d’un monde féerique à la Tim Burton. Nous avons adoré nous dandiner sur les rythmes endiablés des fables burlesques de ce dandy généreux ! Deux rappels lors d’un concert gratuit de fin d’après-midi, ce n’est pas banal. Chapeau bas !

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12 octobre 2012

Epiçons et poivrons l'automne !

Des formes généreuses, des couleurs chatoyantes, une peau lisse et brillante toujours au top… la star de l’été est sans conteste le poivron ! Figure incontournable de la cuisine méditerranéenne, ce légume se déguste aussi bien cuit que cru et agrémente à merveille les fameux poulets basquaises, paëllas, chilis con carne et autres gaspachos.  

                                 

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A titre personnel, son nom évoque le souvenir des verrines de ma copine Céline dans lesquelles elle le marie merveilleusement à la sardine, ou encore celui d’un déjeuner dans un bar à tapas de la Boqueria, l’emblématique marché de Barcelone, où nous l’avions savouré juste grillé à la plancha. Il y a de la chaleur et des accents latinos dans son sillage et, en ce début d’automne, il permet de prolonger l’été encore un peu. Nos papilles jubilent et à nouveau le soleil brille.

Si vous voulez vous aussi chasser les nuages de votre assiette, voici une recette totalement inédite, puisque tout droit sortie de mon ciboulot, Les Poivrons farcis façon Bibi 

Poivrons farcis

 Ingrédients :
- Quatre petits poivrons de toutes les couleurs
- 250 g de chair à saucisse (ou un reste de viande si vous en avez)
- Un petit poireau
- Une carotte
- Une briquette de sauce tomate nature
- Le quart d’une baguette de pain
- Un verre de lait
- Une échalote
- Une gousse d’ail
- Persil
- Paprika, piment doux
- Sel, poivre

Faites cuire la carotte débitée en rondelles dans un peu d’eau au micro-onde pendant une quinzaine de minutes.
Pendant ce temps-là, mettez le pain à tremper avec le lait.
Parallèlement, faites revenir à la poêle le poireau et l’échalote avec une goutte d’huile d’olive. Attention, l’ensemble peu vite noircir.
Vous aurez sûrement le temps de laver, de couper et de vider les poivrons.

Mélangez ensuite la viande, les poireaux, l’échalote, la carotte, la sauce tomate, le pain au lait, l’ail et le persil. Epicez et assaisonnez à votre convenance.

Remplissez les poivrons avec cette farce en intervertissant les chapeaux (fini l'harmonie, c'est plus joli ainsi !).
Passez au four à 190°C pendant 1 h – 1 h 30.
 
Dégustez accompagnés de quelques feuilles de salade et/ou de pâtes à la sauce tomate.

Bon appétit et gare aux coups de soleil !

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09 octobre 2012

Vertigiseuses Falaises d’Olivier Adam

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Falaises c'est de là qu'Olivier Adam précipite la mère du narrateur. Ce chaos aimante trois autres personnages au cours du récit. Sombre tableau de prime abord. Non. Une lumineuse ode à la vie en vérité.

Falaises c'est avant tout le bord du précipice. Cet endroit que les géomorphologues ont oublié de nommer et qui s'avère être ici le camp des vivants ou plutôt celui de la vie qu'il reste quand tout le monde tombe. Si beaucoup choisissent de franchir l'escarpement, Olivier Adam pose en filigrane la question de la résistance. Pourquoi choisir la vie quand tout s'effondre ? C'est par petites touches qu'il répond à cette énigme.

L'image d'un clair-obscur oscillant sans cesse entre le pire et le meilleur apparaît d'abord.

D'un côté, la mort, le goût âcre du sang qui persiste longtemps en bouche après, la violence qui s'immisce insidieusement dans le comportement des (sur)vivants, la danse indécente des fantômes, le décor monotone et monochrome des banlieues. Ces morts nous écœurent et, pour combler le vide, notre héros se noie un temps dans l'alcool.

De l'autre côté, s'anime une cohorte de jolies choses, des fragments de lumière de plus en plus présents et intenses. Le sel de la vie, qu'Olivier Adam décrit ici, ce sont les innombrables détails qui composent la beauté du monde : les hésitations pudiques de certains, la fraternité par-delà les différences et les distances, le temps qui passe et qui efface quelques aigreurs, les paysages infinis de bord de mer. La tension dramatique qui électrise le récit rend chacun de ces éléments primordiaux et insuffle un lyrisme délicat.

Finalement, la violence incarnée dans les rapports sexuels, les relations père-fils ou les disparitions brutales est transcendée par des instants de bonheur simple ou de contemplation, la possibilité de se construire une existence propre et les valeurs de fidélité et de sincérité qui naissent au fil des pages et maintiennent notre héros hors des flots. Son avenir s'illumine grâce à l'entrée en scène de Claire, figure maternelle enfin retrouvée, avec qui tout semble possible.

Bébé Chloé née, la boucle est bouclée, la vie reprend sens. Les falaises d'Etretat se muent en décor de vacances. Tandis que la mer se déchaîne et emporte les corps au loin, le soleil pointe enfin à travers les nuages. 

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07 octobre 2012

Pana cotta vanille-mangue, un charmant talisman

Magicien pâtissier, mon Prince® dissimule ses tours comme pour mieux m’épater. Il aime voir mes yeux briller devant la piste aux étoiles des desserts qu’il dresse et me sert. Mais cette fois-ci, je crois avoir percé le mystère de sa pana cotta vanille-mangue et, en mauvaise joueuse, je vous en révèle les coulisses. A vos baguettes !

 Panacotta magic

Point de poudre de perlimpinpin, de bave de crapaud ou de queue de lézard dans nos grimoires ce soir. Pour réaliser ce dessert magique et rougir sous le feu des applaudissements de vos hôtes en extase, voici la liste des ingrédients (pour 6 convives) :

Pour la pana cotta :
- 50 cl de crème fraîche liquide
- 50 g de sucre
- 1 cuillère à café d’extrait de vanille ou encore mieux… une gousse
- 3 feuilles de gélatine

Pour le coulis de mangue :
- 1 mangue
- l’équivalent de la moitié du poids de la mangue en sucre

Pour commencer, faites chauffer à feu doux la crème, le sucre et la vanille sans cesser de remuer avec une spatule en bois. Incorporez les trois feuilles de gélatine préalablement trempées dans l'eau froide.

Quand le mélange commence à bouillir, arrêtez le feu et laissez refroidir légèrement en mélangeant toujours pour éviter qu'une peau ne se forme à la surface. Versez dans de petits ramequins puis mettez cet envoûtement au frais au moins deux heures.

Pour préparer le colis de mangue, épluchez la mangue puis coupez-la en petits dès. Maintenant débarrassée de son noyaux, pesez-la. La quantité de sucre à ajouter équivaut à la moitié du poids du fruit. Mettez la mangue à cuire à feu doux dans une casserole et saupoudrez-la du sucre préalablement pesé. Cuisez lentement en mélangeant de temps en temps. Une fois l’appareil cuit, mixez-le avec un pied à soupe.

Deux heures se sont maintenant écoulées, versez le coulis refroidi sur la pana cotta puis surmontez l’ouvrage d’une framboise, de copeaux de chocolat ou de motifs sucrés en guise de poudre aux yeux. 

Maintenant libre à vous de faire tourner les tables, mais moi je m’attable. A qui le tour ?! 

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