23 juin 2014

La maîtresse en maillot de bain

Trois instit’ se mettent à nue. Point de prétentions littéraires ici mais l’envie partagée de dépeindre le quotidien de l’école depuis l’intérieur. Désir d’écrire pour décrire mais aussi, on le découvre peu à peu en filigrane, pour narrer heurs et malheurs d’une fonction souvent décriée. Parce que tous avons été élèves, tous pensons connaître le métier de maître. Ainsi peu de sujets mobilisent autant de points de vue que l’éducation. Repas dominicaux et médias à gogo se chargent d’alimenter chicanes et bavardages. Au fil des mois, trois enseignants se livrent ici pour tordre (peut-être) le cou aux idées reçues…

Le Bonheur à l’école de Dominique Deconinck nous conduit jusqu’au jardin secret de la classe, univers peuplé de figures ingénues que seul l’inspecteur déflore une fois tous les trois ans. Cette instit’, comme elle aime à se nommer, nous fait partager une année de CE1 en relatant les difficultés de certains élèves, la saveur de leur réflexion, la découverte du globe, de Claude Monet… Les enfants grandissent, la maîtresse aussi – même après des années d’enseignement. La curiosité des uns, les obstacles sur le chemin des autres sont autant de leçons pour cette enseignante étrangères aux certitudes et aux réponses prêtes à l’emploi. Fidèle chroniqueuse du quotidien, Dominique Deconinck nous communique à la fois la joie d’enseigner et la magie de l’enfance, un kaléidoscope à travers lequel le monde est une fantaisie.

Le Bonheur à l'école

Avec son Journal de bord d’un directeur d’école, Patrice Romain a quant à lui bien du mal à redorer le blason de notre nationale éducation. L’ambition annoncée de raconter « l’envers du décor » se mue en un inventaire de situations plus grotesques les unes que les autres. Se succèdent le récit de ses coups de cœur pour de jolies mamans, les coucheries entre accompagnateurs de sorties scolaires ou les adultères démasqués de parents d’élèves. Les anecdotes sont croustillantes mais bien trop nombreuses pour paraître authentiques. Nous n’apprenons finalement rien sur les apprentissages ou les fonctions de directeur d’école. Sous l’habit du maître se cache un homme en slip, c’est rassurant, mais lorsque l’envie d’une lecture érotique nous pique, c’est d’un autre corps de métier que l’on choisit le journal de bord… 

Journal de bord d'un directeur d'école

La perle de cette trilogie est sans conteste A trois carreaux de la marge de Laurence Squarcioni. Aujourd’hui maîtresse d’une classe de CP, l’auteur a jadis œuvré dans l’édition et cela se sent : elle a le verbe souple. Ici les enfants sont les véritables héros du journal. Karl, l’hyperactif, Maïko, l’élève modèle, Damon, le gentil grossier, ou encore Sylvie pour qui l’apprentissage de la lecture relève de l’insurmontable épreuve… Sans verser dans le cliché, Laurence Squarcioni sait cerner la personnalité de ses chères têtes blondes, questionner son métier, les pratiques scolaires, ses méthodes… Elle conte aussi moult détails qui font le sel de la profession dont les relations avec les collègues ou les parents, l’affection débordante des élèves, leur impatience ou le pétillant de leur rapport au monde. En résulte une sucrerie drôle, tendre et réaliste à découvrir de toute urgence !

A trois carreaux de la marge

Dominique Deconinck, Le Bonheur à l'école. Journal d'une instit. Paris, L'Iconoclaste, 2013.
Patrice Romain, Journal de bord d’un directeur d’école. Paris, François Bourin éditeur, 2011.
Laurence Squarcioni, A trois carreaux de la marge. Paris, Calmann-Lévy, 2009.


30 mai 2014

Poudre d’étoiles et points de suspension

Par ici, des volcans tout rond que l’on aime dévaler en courant, des corps d'albâtre qui se débattent souvent sur le gazon, des horizons infinis que l’on contemple en rêvant d’océan. Mais aussi de subtiles adresses que l’on se refile sous le manteau en salivant… Bienvenue dans le Puy-de-Dôme ! Voici trois établissements testés lors de gracieux coups de fourchettes. Suivez-moi pour un road-trip des plus chics, vous allez avoir le déclic !

Le Calliope au 6, rue de la Poste à Pont-du-Château
Nous voilà à Pont-du-Château, une vraie surprise. Je n’y connais aucun restaurant mais sais qu’il y existe de bonnes tables où croiser le fer de ses couverts.

Premier bon point avec le service attentionné de Madame qui sait jouer la proximité sans verser dans la familiarité. Les conseils sont avisés, tant pour le vin que pour les mets, le ton plaisant.

Chapeau bas pour le foie gras, double tranche, tarte fine de tomates, caramel d’orange et pomodori. La consistance du produit – snacké mais onctueux à l’intérieur – et son association avec les notes acidulées de la tomate et de l’agrume en font un souvenir mémorable. Cette entrée a du chien et donne envie d’en savoir plus…

Enthousiasme pour le choix des produits travaillés : Saint-Jacques, crabe, bar… Mon cœur flanche pour un savoureux turbot accompagné d’artichauts en texture, rutabaga, huile de vanille et coulis de cresson suivi de ris de veau au sautoir flanqués d’une purée de cocos, jus de viande et ail de Billom.

Compliments pour l’union du noble et du rustique. Voici de belles réussites.

Ovation pour l’opulence des assiettes. On ne fait pas ici dans la demi-mesure. Même les nourritures d’exception sont servies à profusion : de belles tranches de foie gras, des ris de veau à gogo… La générosité chantée par Brassens prend ici tout son sens.

Quelques détails à revoir toutefois. Sans être kitch, la décoration de la salle est franchement désuète. Un petit rafraîchissement serait le bienvenu. Autre bémol avec les amuses-bouches. Les toasts au foie gras sont ni bons, ni audacieux. Peut-être était-ce une mousse. La crème brûlée au foie gras est, quant à elle, trop sucrée et l’alcool à brûler laisse flotter sur les papilles un goût désagréable. En fin de repas, l’absence de fromage rime avec dommage (bon, d’accord, nous n’avions déjà plus faim à ce moment-là mais symboliquement en Auvergne cette impasse agace). Dernière tristesse avec le dessert, un chocolat grand cru, retour de la coque au spéculoos, arrosée de chocolat brûlant. Vous, grand chef, n’êtes pas pâtissier, nous le savons, mais il est regrettable de terminer un repas avec un plat largement en deçà du reste du repas. Malgré ces broutilles, nous quittons le Calliope avec d’excellents souvenirs et l’envie d’y revenir. Voilà une adresse qui a du peps !

foie gras calliope

Crabe calliope

Bar snacké, crème de safran, coriandre et embeurrée aux olives noires Calliope

Hôtel Radio au 43, avenue Pierre et Marie Curie à Chamalières
Notre itinéraire gourmand se poursuit dans une institution. C’est le cœur battant que l’on franchit le seuil en pensant : « enfin, j’y suis ». On en a tant rêvé… La ronde printanière des anniversaires est l’occasion parfaite pour découvrir enfin cette prestigieuse adresse.

Silence religieux pour le plateau de mises en bouche, une malicieuse interprétation des délices nippons composée, entre autres, d’une tuile de parmesan au poisson cru, de makis revus et corrigés, d’une émulsion de wasabi. C’est fin,  original et prometteur !

Applaudissements pour la présentation très graphique des assiettes : des couleurs chatoyantes, d’astucieuses symétries, de belles géométries. La vaisselle noire et blanche fait écho à la décoration. Ce raffinement est à la hauteur de ce temple art déco mâtiné de notes contemporaines. Les pupilles se régalent autant que les papilles.

Coup de cœur pour le carrelet juste nacré accompagné d'une bisque de langoustines safranée, pois blonds de la Planèze arrosés d'une huile de persil, ail doux autrement. Mummm… Quand les casseroles rossignolent, les palais s’affolent ! J’ai rarement dégusté un plat de poisson d’une telle finesse. L’élégance rustique est ici l’oxymore adéquat.

Un grand bravo pour le plateau de fromage 100% auvergnat. Il est pantagruélique. Imaginez une montagne de fromages tous plus alléchants les uns que les autres. On se croirait dans Charlie et la fromagerie (le nouvel opus de Roald Dalle !).

Enfin, cerise sur le gâteau avec le chariot de mignardises : guimauves, macarons, tuiles, pâtes de fruits, financiers… Quel surprenant ravissement ! Gourmands que nous sommes y plongeons avec régal et repartons avec un ballotin chacun. Cette délicate attention permet de faire durer le plaisir. Merci !

Quelques regrets néanmoins. Le premier de nos déplaisirs réside dans la maigreur de certaines assiettes. De toute beauté certes mais « riquiquis » parfois hélas aussi. Autre faiblesse, le service. Il est ici corseté sans être toujours à la hauteur : sauce versée à côté de l’assiette sans excuse, pas de changement de verre lorsque la situation l’impose, oubli du service du pain, petit rire ironique inconvenant… Dernier tourment avec le dessert, un poil décevant. L’association de la betterave rouge de pays avec la framboise et l'amande était pourtant pleine de promesses mais le charme n’opère pas, la cuisine moderne touche ici ses limites. Ce n’est pas gourmand, nous préférerions une vraie pâtisserie. Malgré tout, le Radio mérite bien son succès. Les plats sont savamment concoctés, la vue souvent charmée. Vivement que nous y retournions !

Amuse-bouches au Radio

Foie gras au Radio

Carrelet au Radio

Le Carrousel au 14, rue du Pont de Morge à Maringues
C’est le célèbre guide rouge qui a guidé nos pas vers cet établissement fraîchement étoilé. La façade ne paye pas de mine mais, qu’à cela ne tienne, Bibendum se trompe rarement !

Point d’exclamation pour la décoration. La salle a visiblement était rénovée il y a peu. Certes, la beauté du lieu n’atteint pas celle du Radio mais les tonalités châtain et beige réchauffent l’atmosphère et la simplicité de la mise est agréable. Ce charme discret se prolonge sur une terrasse à visiter lorsque le soleil est de la partie.

Acclamation pour le goût des plats. Tous, sans exception, sont parfaitement maîtrisés : les cuissons, l’assaisonnement et les sauces. Cette cuisine aux accents méditerranéens allie un juste équilibre des saveurs, une présentation soignée et des portions correctes.

Extase gustative avec la raviole de champignons des bois, queues de langoustines justes raidies, brunoise de légumes glacés en vinaigrette au parfum de truffe. Une entrée printanière subtile et délicate. Quel talent !

Coup de chapeau pour les desserts. Il existe dans le département au moins un restaurant qui maîtrise l’art des fins de repas réussies. Et ce n’est pas une mais quatre douceurs qui sont servies sous le nom de « farandole » : une tuile aux fraises et espuma au basilic, un nougat glacé au miel et fruits secs, un sablé citron-framboise et meringue au thym puis un fondant au chocolat crème glacée à la banane. Quel bonheur !

Félicitations à la maîtresse des lieux, à la serveuse et au sommelier. Leur gentillesse n’a d’égal que leur professionnalisme. Le service n’est pas guindé, tous sont aux petits soins et très souriants.

Quelques fausses notes hélas. D’abord, le pain accompagnant les mises en bouche – tapenade et gaspacho – semble industriel. Nous espérons avoir rêvé ! De plus, malgré leur qualité d’exécution, ces entrées en matière ne sont-elles pas un peu simplistes pour un restaurant de ce rang ? Quelques vraies fautes de goût également : des plantes en plastique sur la table et de la vaisselle « Maison du monde » dont les étiquettes n’ont pas été retirées. Circonspection. Enfin, le manque de produits nobles dans le menu le plus onéreux est regrettable. Ces quelques points négatifs n’altèrent toutefois pas le beau souvenir de ce dîner. Ces erreurs seront vite corrigées. Dernière la porte du Carrousel se cache assurément une pépite gastronomique !

Ravioles de champignons des bois au Carrousel

Paleron de boeuf de Salers braisé au Carrousel

La farandole de desserts au Carrousel

23 mai 2014

Coquettes gariguettes

Voici venus les jours heureux : soleil radieux, ciel lumineux. D’ici peu, l’école buissonnière ouvrira ses portes et fleurira dans l’air comme une invitation à la paresse. Avant cette messe basse pleine d’allégresse, quelques hardiesses prennent place. On troque le noir de nos armoires contre des vestes claires, tops à bretelles, jupes à fleurettes. Les frigidaires aussi prennent l’air. On les remplit au grés de nos envies du fruit de nos cueillettes. La vie est belle dans les dressings et les cuisines ! Pour parfaire cette toile, s’installent dans nos assiettes de jolies tartelettes. Couleur carmin, saveur câlin, penchons-nous aujourd’hui sur la facétieuse, et non moins délicieuse, tarte aux fraises.    

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fraise_gariguette ok

Ingrédients pour une tarte (et une tartelette) :
500 g de fraises

La pâte :
- 250 g de farine
- 125 g de beurre
- 70 g de sucre
- 2 jaunes d'œufs
- un peu d'eau

La crème pâtissière :
- 25 cl de lait
- 1 œuf
- 30 g de farine
- 40 g de sucre
- ½ gousse de vanille

Commencez par préparer la pâte :
Au robot, blanchissez les jaunes et le sucre avec un peu d'eau. Puis, ajoutez la farine et le beurre coupé en parcelles.

Sortez la boule du robot et fraisez-la une ou deux fois pour plus d’homogénéité.

Etalez-la puis installez-la dans un plat à tarte préalablement garni de papier sulfurisé.

Recouvrez-la ensuite de papier sulfurisé et de haricots secs (ou de tout autre légumineuse, billes de cuisson…).

Faites-la cuire à blanc pendant 25 min à 180°C (à voir en fonction de votre four mais, attention à ne pas trop la faire cuire, sous peine de la rendre friable).

Pendant, la cuisson, préparez la crème pâtissière :
Mettez le lait à bouillir avec la demi-gousse de vanille fendue en deux.

Dans un saladier, blanchissez l'œuf avec le sucre puis ajoutez la farine.

Versez le lait bouillant sur le mélange en tournant à l’aide d’une cuillère puis remettez l’appareil dans la casserole sur le feu. Laissez-le cuire doucement sans cesser de mélanger. Retirez-le enfin lorsque la consistance est suffisamment crémeuse.  

Terminez par le dressage :
Préparez les fraises en les lavant, les égouttant et les coupant en deux.

Lorsque la pâte est cuite, versez la crème sur le fond et disposez les fraises avec soin. 

Tarte aux fraises 2

Tarte aux fraises

Alors, à l’aise la tarte aux fraises, non ?

16 mai 2014

Londres en tous sens

Le ciel est gris, les gens aigris, je suis pressé, je suis stressé, j'aime plus Paris ! Emportés par cette célèbre ritournelle, nous avons fait le pari d’un paradis loin d’ici. Nos guiboles à notre col, l’Eurostar comme passe-remparts, rendez-vous outre-manche pour une enivrante danse des sens. A Londres, les cultures se croisent, s’entremêlent et donnent naissance à une joyeuse cacophonie culinaire ! Voici des adresses en pagaille pour de sensationnelles ripailles.                 

Wesminster

Brick Lane 

Premier des sens en transe : l’ouïe chez Poppies à Spitalfields. Ici le rock and roll assaisonne un décor vintage pour une plongée dans les fifties. Nous cédons tous les deux à l’appel du fish and chips. Aiglefin pour Prince®, cabillaud pour moi et de grosses et belles frites maison. Le tout copieusement arrosé de vinaigre de malt et de sauce tartare. Le poisson est fondant, sa robe dorée et croustillante. Un vrai shoot calorique mais Oh my God !, que c’est bon ! Naturellement, une bière locale fait couler l'ensemble : Meantime, brassée à Greenwich.

fish and chips chez Poppies

poppies

Deuxième halte non loin de là. Nous sommes désormais dans le quartier indien de Brick Lane. Les Anglais raffolent de nourriture indienne. Tant et si bien que le Poulet tikka masala est une invention anglo-indienne proclamée « véritable plat national ». Aux quatre coins de rue, les serveurs alpaguent ici lourdement le chaland. Nous poussons néanmoins la porte d’Aladin. L’odorat prend vite le pas. Le curcuma, la cardamome et la badiane chatouillent gentiment nos narines. Nous nous régalons d’un lassi de mangue, d’un plateau de hors-d’œuvre, d’un tandoori chicken massala pour l’un, d’un poulet au curry pour l’autre, de nans, riz et légumes au curry. L’accumulation de plats rend la note assez salée mais c’est SUC-CU-LENT !  

Hors-d'oeuvre chez Aladin

Changement d’ambiance, nous glissons vers un îlot de tranquillité à l’orée de Chinatown. La vue est ici flattée par un décor zen et des assiettes soignées. Nous voilà au restaurant thaï @Siam à Soho. Un curry vert de poulet et un curry vert de crevettes agrémentés de riz au jasmin et de riz gluant nous comblent. Le bouillon de curry vert rehaussé de lait de coco est impeccable. Les légumes – aubergines thaï, poivrons, haricots verts – sont croquants, parfaitement saisis. Apaisante parenthèse au milieu de la fièvre londonienne du samedi soir. 

Curry vert

Plus à l’ouest, mes papilles touchent la voûte céleste. C’est ici le goût qui est pleinement honoré grâce à un ravissant Carrot cake de chez Muriel's Kitchen dans le South Kensington. Ce dessert est américain mais il s’agit bien de mon meilleur souvenir culinaire londonien ! La part est gargantuesque, le gâteau fondant, aérien. On dirait un pain d’épice dont chaque bouchée serait une nouvelle surprise. Il y a des carottes bien sûre, mais aussi des noix, de la cannelle, du gingembre… Le glaçage est crémeux, généreux. On enrobe chaque cuillerée avec. Bigre que c’est bon !

Muriel-kitchen

Muriel-kitchen cake

Enfin, le cinquième sens est célébré chez Uxbridge Arms à Notting hill. Nous touchons ici du doigt une image d’Epinal so british ! Nos pieds s’enfoncent dans une douillette moquette, l’envie de caresser les boiseries de ce coquet pub anglais nous démange. Cadre feutré en rouge et vert pour une ambiance à la fois chic et cocooning. Jolis breuvages pour tous les âges : bières, vins, cocktails se dressent sur la carte des réjouissances. Après cela, allons-nous faire un brin de shopping ou un golf darling ?!

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Ce week-end censé nous revigorer a eu son effet. Nous voici tout frais, prêts à affronter vents et marais !

Dans vos tablettes :

- Poppies : 6-8 Hanbury Street, London E1 6QR
- Aladin : 132 Brick Lane, London E1 6RU
- @Siam : 48 Frith Steet, Soho, London W1D 4SF
- Muriel’s Kitchen 1-3 Pelham Street, South Kensington, London SW7 2ND
- Uxbridge Arms : 13 Uxbridge Street, London W8 7TQ

04 avril 2014

Je sais que c'est pas vrai mais j'ai dix ans

Envie d’un dessert simple, rapide et délicieusement régressif ? Envie de ressusciter un souvenir d’enfance ? Envie de retrouver le goût old school de la cantine d’antan ? Mes petits gâteaux de semoule raviront les papilles de tous les bouts de chou qui sommeillent en nous. Plonger sa cuillère dans ces petits pots, c’est exhumer du passé une partie de rigolade entre copains autour des bonshommes en peau de Babybel, lire son âge au fond d’un verre Duralex, entendre crier « Mailloche ! » à travers la cantoche…  La bosse de l’écolier a disparu, les bleus aux genoux aussi, mais dans nos cœurs de grands sommeille toujours un gourmand qui n’a pas plus de 10 ans !

La cantine des grands

Petits gâteaux de semoule :

Ingrédients (pour 8 ramequins) :

- 70 cl de lait
- 2 œufs
- 70 g de raisins secs
- 100 g de semoule de blé
- 20 g de beurre
- 80 g de sucre en poudre
- ½ gousse de vanille
- 20 morceaux de sucre
- 3 cuillère à soupe de rhum
- un petit peu d'huile

Gâteau de semoule

Mettez les raisins secs à macérer dans du rhum.

Versez le lait dans une casserole, ajoutez le beurre, le sucre en poudre et la demi-gousse de vanille.

Portez à ébullition, versez la semoule en pluie et tournez vivement au fouet.
Sans cesser de remuer, laissez cuire à feu doux une petite quinzaine de minutes jusqu'à que la préparation s'épaississe. Retirez du feu et laissez refroidir.

Cassez les œufs, battez-les en omelette et incorporez-les à la semoule.

Ajoutez les raisins secs et mélangez le tout.

Préparez le caramel en faisant dorer les 30 morceaux de sucre et quelques centilitres d’eau à la casserole.

Huilez les ramequins, versez-y le caramel liquide puis la préparation et mettez au four 30 à 35 min à 180°C.

Gâteau de semoule 2 ok

Bon appétit les petits !

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13 mars 2014

Toto 30 ans

toto

Sous ce titre à la Souchon se cache la tête à Toto. Toto a 30 ans tout pile en 2014. Son itinéraire est une accumulation de zéros jusqu’à l’obtention d’un poste de bibliothécaire et d’un salaire étrangement calqué sur sa date de naissance. Cette œuvre réaliste narre par l’exemple les tribulations d’une génération qui a grandi pendant la guerre du Golfe et a accédé au monde du travail au début de la crise (j’ai moi-même commencé à chercher du travail en novembre 2007 alors que la crise des subprimes éclatait outre-Atlantique).

Samuel Lévêque fut d’abord plutôt gâté par la vie. Il s’épanouit dans une famille qu’il qualifie de la classe « moyenne » mais qui de mon point de vue s’apparente plutôt à la classe moyenne + : ses parents sont profs. Ainsi doté d’un solide capital culturel, il décroche un diplôme « dans des domaines où les besoins sont avérés et le nombre d’étudiants formés en rapport avec le nombre d’offres d’emploi, pas un vague DEUG abstrait en sociologie des pygmées ».

Samuel Lévèque

Ce précieux sésame lui permet d’abord d’entrer dans l’antre de Cultura, une enseigne dont la politique RH est à la hauteur de la politique culturelle. Puis, Samuel Lévêque fait ses armes chez ONG conseil, plateforme qui fournit de jeunes et dynamiques porte-voix toujours prêts à haranguer le chaland au beau milieu de la rue. Ces emplois riment avec précarité, pauvreté et flirtent dangereusement avec l'exclusion sociale.

Malgré la noirceur du tableau, nous ne sommes pas acculés par les méandres qui jalonnent le parcours du narrateur. Le gaillard a depuis pris de la hauteur. Il s’en est « sorti ». Ainsi le discours est vif, piquant, ironique et parfois drôle. C’est pas parce qu’on est dans la ***** qu’il faut faire la gueule ! Ainsi ni plainte, ni pathos. Peut-être fut-il à l’époque déçu, voire dégouté ou haineux envers cet assommant système. Ces sentiments ne transparaissent toutefois pas. Cette ellipse rend le récit digeste et même très plaisant.

De la pointe de sa plume décapante, Samuel Lévêque dresse le portrait d’une génération qui, si elle n’a pas bénéficié d’une veine magistrale et/ou sacrifié ses rêves en choisissant un parcours dicté par le climat social, en a bavé ou en bave encore. Malgré nos diplômes, notre persévérance et nos multiples talents, nous sommes maintes fois passés près de l’exclusion. Le fil de la chance n’a jamais été aussi mince. Devant ou derrière, c’est selon. Une belle école de la modestie. Gageons que nous n’oublierons jamais cette difficile naissance au monde du travail et ne traiterons pas à notre tour dans 20, 30 ou 40 ans les jeunes de « petits cons ».

19 février 2014

Allo Brac ? Ici Ali Got !

Par ce jeu de mot vaguement téléphoné, j’ai le plaisir d’introduire un article en l’honneur de ces duchesses, ces dauphines, ces noisettes que l’on aurait tord de réserver aux soirs de disette et aux fins de mois raplaplas. Profitons donc du gris du ciel pour mettre sur le devant de l’assiette une spécialité que tout le gratin s’arrache.

patates à la plage

En Aubrac, ce pays à cheval sur les départements de la Lozère, de l'Aveyron et du Cantal, on ne se défile pas devant une belle purée locale : pommes de terre + tome fraîche. Biberonnée à l’aligot dès mon berceau, c’est toujours avec un plaisir non feint et sans véritable faim que j’accueille une gamelle de « purée chewing-gum ».

Synonyme de repas chaleureux et conviviaux, tous les gourmands se délectent de la douceur et de l’onctuosité de ce plat typique. Flanqué d’une tranche de jambon de pays, de saucisses, tripoux ou viande rouge, l’aligot fait toujours l’unanimité et donne illico la patate. Il déride les sceptiques, les rabougris et les râleurs de tout poil. Et de repasse nul ne se passe…

tome fraiche

En formant un long ruban doré lorsque le cuisinier monte sa spatule au ciel, cette purée filante assure le spectacle et fait briller les yeux des enfants. Attention, si cette scène insolite fait mouche, ne vous laissez toutefois pas entourlouper par les attrape-nigauds qui pullulent sur les marchés locaux. On shoote les naïfs et les touristes avec de la poudre additionnée d’eau.

Pourtant, cet art subtil est facilement réalisable à la maison. Il suffit d’une bonne recette. Voici celle que j’aurai dû vous délivrer depuis belle lurette. Allez go !  

aligot et saucisse

gamelle d'aligot

- 300 g de vieilles pommes de terre
- 120 g de tome fraîche
- 60 g de crème fraîche
- 1 gousse d'ail
- Sel et poivre

Epluchez les pommes de terre et la gousse d’ail puis faites-les cuire à la vapeur.

Pendant ce temps, coupez la tome en morceaux.

Une fois cuites, moulinez les pommes de terre et la gousse d’ail au moulin à légumes.

Ajoutez la crème fraîche pour faire une purée. Une fois celle-ci bien chaude, ajoutez la tome petit à petit en remuant vigoureusement à l’aide d’une cuillère en bois.

Toujours sur le feu, soulevez plusieurs fois l'aligot avec la cuillère. Il doit former ce fameux ruban que l’on surnomme « ruban de l’amitié ». Attention à la température : trop chaud, il devient liquide ; trop froid, il ne file pas.

Salez et poivrez.

N’attendez pas pour déguster !

Aligot

Les patates se révoltent

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21 janvier 2014

Les trois temps d’un opéra gourmand

Alors que la quenelle est dans toutes les bouches, alors que notre président fait les choux gras de toutes les feuilles de choux, alors que la gueule de bois affecte le plus distingué des footballeurs français, je ne vous donnerai point la recette de l’illustre spécialité lyonnaise, ni celle de la potée (un plat de saison qui dépote), ni ne vous livrerai les secrets du cocktail Le ballon d’or dont la simple vue provoque pourtant un défilé insolite de costumes lamés du meilleur goût.

Non, non, non, je ne m’abaisserai point à cette petite musique polémique préférant un boléro gastro aux notes enchanteresses. Je vous invite donc à me suivre à travers une bal(l)ade gourmande en trois actes. Vous découvrirez deux succulentes adresses dans deux villes françaises visitées dernièrement – Colmar et Reims – doublées d’une découverte parisienne pas piquée des hannetons.

Pour commencer notre voyage, fermez les yeux et imaginez une ville en forme de décor de poupées. Ajoutez à cela la magie de Noël, le froid nonobstant un équipement complet d’Eskimo (3 pulls+bonnet+gant+double chaussettes). Vous voici à Colmar en plein marché de Noël ! Pour parfaire le tableau, ajoutez quelques verres de vin chaud (celui du stand de Martin Jund est excellent) et une ribambelle de gourmandises (chez Gilg, CocoLM et Richon, on se régale).

Dans LE quartier de Colmar, où les pièges à touristes semblent rivaliser d’ingéniosité pour vous faire pousser la porte, se cache un cadre cosy tout en bois et vieux souvenirs : le Winstub La Petite Venise. Allons voir de plus prés les trésors que recèle cette marmite typiquement colmarienne… Le service est un peu lent, tant pis, il y a beaucoup d’éléments de déco à admirer et le spectacle des cuisines s’offre aux yeux curieux grâce à un espace totalement ouvert. Le repas s’ouvre sur un foie gras maison copieux et délicieusement parfumé… Une choucroute superbe et pas trop grasse contente ensuite Prince® tandis qu’un jambonneau braisé et fondant fait mon bonheur. L’accompagnement en éventail chaud/froid apporte un peu de fraîcheur à ce plat : crudités, frisée aux lardons, poêlée de pommes de terre, rehaussé d’une exquise sauce chaude au raifort. Les assiettes sont si garnies que nous ne pouvons atteindre le dessert, dommage ! Quant au service, il est aimable mais débordé.

La-petite-venise

Foie gras

Nos bottes de sept lieues nous ont aussi menés jusqu’à Reims, sa cathédrale, ses maisons de champagne… et ses petites adresses proposées par une autochtone gastronome en mal de bonhomme bien que plutôt mignonne (me contacter si intéressé !). Des bulles plein le tête, le ventre enclin à la découverte, cette dernière nous a entraîné jusqu’au Cul de Poule. On ne découvre pas ce postérieur de gallinacé par hasard ! Il se niche dans une rue sombre et excentrée de l’hyper-centre. Contrairement à Colmar, le service est ici aux petits oignons. On se sent comme à la maison, entourés d’âmes sympathiques et dévouées. Le menu se déploie sur une grande ardoise peu pratique à déchiffrer mais prouvant que le chef ne cède pas à la routine. Dur, dur de faire un choix tant les propositions sont nombreuses et toutes plus alléchantes les unes que les autres !

Finalement, nous nous décidons pour une Cocotte d’escargots à l’ail et aux cèpes, un Risotto de coquillettes au mont d’or et chips de pancetta et un Saumon cru, yakitori, piment doux, comme un sashimi. En un plat, Le Cul de poule balaye toutes mes certitudes sur le poisson cru. Les Japonais n’ont qu’à bien se tenir ! Le poisson fond littéralement sur la langue et délivre des arômes aigre-doux subtils et équilibrés. Un grand plat malgré une portion un peu mince… Pour continuer, la tablée choisit de nager dans le bonheur : Sandre au mont d’or, chips de pancetta et purée truffée pour elle, Encornés planchés, chorizo planché et purée truffé pour lui. Cette purée me fait de l’œil, je pense ne pas tarder à l’improviser à mon tour à la maison. Quant à mon Tartare, il est coupé au couteau, goûteux, délicieux. Cette spécialité de la maison se décline ici à toutes les sauces. Qui aurait cru que l'on pouvait faire autant de chose avec de la viande crue ? Repues, nous ne pouvons prendre de dessert. Mais Prince®, lui, ne se laisse pas intimider et fait honneur au Fameux pot de crème à l’ancienne, chicoré, clafoutis, glace noisette. Fameux d’après ses dires. Bref, on recommande cette belle enseigne. Seule la salle, très bistrot, me laisse un brin perplexe. Les tables élimées ne font pas honneur aux grâces de l’assiette.

Risotto de coquillettes au mont d’or et chips de pancetta

Saumon cru, yakitori, piment doux, comme un sashimi

Enfin, dans un tout autre registre, nous sommes allés nous restaurer aux Tablettes de Jean-Louis Nomicos, charmante adresse du très chic 16ème arrondissement de Paris. Le cadre est douillet mais ne sent pas la naphtaline, bien au contraire. La modernité est ici de rigueur dans un très beau camaïeu d’orangé et de crème aux accents sixties. Par chance, une formule club (entrée, plat, fromage dessert, café et vin) à 58 euros est régulièrement renouvelée et permet d’accéder à ce type d’établissement prestigieux. Pour nous mettre en appétit, un velouté de châtaigne au foie gras surmonté d’une écume de parmesan ensorcèle nos papilles. Forcément, la barre est d’emblée mise très, très haut !

Puis, nous choisissons la Salade d’hiver/foie gras de canard/colvert/vinaigrette/huile de noisette. La présentation est digne d’un véritable artiste : équilibrée, colorée, exhalant des parfums divins. Et le goût, rehaussé d’une vinaigrette au jus de viande, tient toutes ses promesses. Un classique de la gastronomie française sort ensuite du chapeau : le Lièvre à la Royale façon sénateur Couteaux agrémenté d’une timbale de macaronis. Pour qui ne connaît pas ce plat (comme moi), l’expérience est un peu déconcertante de prime abord. Le lapin est cuit de longues heures dans son sang et dans du vin de sorte à obtenir une sorte de rillette chaude. La sauce est à la fois sucrée et aromatique. La dégustation unique ! Pour poursuivre, une petite quenelle de chèvre frais nous est présentée. L’assemblage du fromage avec le piment doux, l’huile d’olive et la marjolaine s’avère frais et tonique. Une belle réussite ! Suit un Mont-blanc et sa sauce chocolat chaud. La meringue croquante laisse découvrir un cœur vanille qui s’étale dans le chocolat et le marron. Ce déjeuner trouve son point final avec un café et quelques mignardises.

L’étoile qui salue le talent du chef n’est pas déméritée ! La gentillesse de l’œnologue et ses conseils avisés graveront également ce repas dans nos mémoires. Son plaisir à parler des élixirs qu’il sélectionne est communicatif et donne envie d’y plonger le nez. Seul bémol chez Nomicos, les autres membres du personnel sont froids et distants. Le chic, le choc et le chèque ne brisent pas la glace du vaniteux 16ème.

Les tablettes de Jean-Louis Nomicos

Lièvre à la Royale façon sénateur Couteaux

07 janvier 2014

Meilleurs voeux

Voeux

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16 décembre 2013

Potion magique à la BNF

Moral dans les chaussettes ? Mine des mauvais jours ? Rate au court-bouillon ? Si comme Prince® et moi vous êtes tombés dans la marmite de Panoramix lorsque vous étiez petits, foncez à la BNF pour replonger illico dans vos meilleurs souvenirs et retrouver le sourire !

Cette immersion en terre gauloise nous mène sur les traces des petits Uderzo et Goscinny, tous deux fascinés par l’univers de Disney bien avant de se connaître. Leurs jeunesses respectives s’écoulent au gré des planches qu’ils dessinent et/ou scénarisent (Iznogoud, Le Petit Nicolas, Lucky Luke…).

Leur rencontre voit naître leurs premières créations communes (Oumpah-Pah), le journal Pilote puis un nouveau personnage sous les traits d’un petit Gaulois facétieux. Malgré l’idée initiale d’Uderzo, Goscinny veut doter Astérix d’un physique d’antihéros. C’est le joyeux drille Obélix qui incarnera l’image d’Epinal du  grand et fort Gaulois (nonobstant une sensibilité à fleur de peau).

Uderzo et Goscinny

Une galerie de moustachus à deux ou quatre pattes apparaît ensuite : Assurancetourix, Abraracourcix, Idéfix… Ces personnages hauts en couleur ressurgissent des oubliettes de notre cervelle et nous font marrer à nouveau. Saviez-vous qu’Idéfix tient son nom d’un concours lancé par Pilote auprès de ses lecteurs ?

Notre plongée en Armorique aborde ensuite les thématiques majeures de la BD : l’amitié, les voyages, les Romains... Antiquités gallo-romaines et planches originales étayent ce savoureux flash-back. Ils sont vraiment fous ces auteurs ! Nous découvrons ici un épisode qu’ils imaginèrent pour répondre aux accusations de misogynie. Les femmes y portent des braies et préparent leur révolution. Par Toutatis, quelle bonne idée !

Exposition Astérix à la BNF

Ce plongeon dans le faitout du druide s’achève par la mise en perspective du phénomène : adaptations cinématographiques, exploitation publicitaire, déclinaison en jeux et jouets, parc d’attractions… Fut un temps où acheter une barre chocolatée ou un baril de lessive sans petits gaulois en plastique à l’intérieur demeurait un miracle !

Visiter Astérix et ses comparses les Gaulois relève donc du bain de jouvence et de truculence. Regonflés à bloc, nous voilà fin prêts à affronter la morosité ambiante. Rien ne vaut une goulée de potion magique pour mobiliser les zygomatiques !

Astérix et Obélix se marrant

Faut rigoler ! Faut rigoler ! Faut rigoler ! Avant que le ciel nous tombe sur la tête !

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