04 décembre 2013

Little India, nous voilà !

Parfois une petite voix intérieure vous ordonne de passer votre chemin. Elle vous murmure « prends tes jambes à ton cou », « va-t'en vite », « cours ! ». Une accumulation d’indices vient vous conforter dans cette idée :
- un quartier parfaitement glauque,
- un mur orné d’une photo de palmier géant,
- des nappes en papier,
- des assiettes et des couverts hideux.

L’expérience que je vais vous narrer cumulait ces motifs de fuite.

En effet, passé une certaine heure, le quartier parisien de la Little India – qui jouxte la gare de l’Est – est peu engageant. Toutefois notre esprit aventurier nous a dicté de persévérer. Aficionados de la cuisine indienne, il n’était pas question de renoncer à dîner dans la prétendue Mecque du genre : le Dishny.

           Dishny               

Un poil crispés mais séduits par les parfums qui émanaient des cuisines, nous nous sommes laissés tenter par les menus à 16 euros. Un tel tarif à Paris, ça fait presque peur. Mais sachez qu’il existe ici des menus à 8 et 10 euros. C’est dire…

Pour débuter, nous avons succombé aux charmes du tandoori : poulet pour Prince®, gambas pour moi. Notre ami s’est laissé tenté par un badji aux aubergines (beignets à la farine de pois chiche). Et là… que dire ? C’est très copieux et fabuleux. Les sauces sont bonnes aussi. Goûter un tandoori du Dishny, c’est un peu oublier tous les tandooris de votre vie. Les nans au fromage servis en accompagnement sont bien soufflés et grillés comme il faut.

Nous avons ensuite dégusté ce mélange typique de riz safrané, tomates, oignons au gingembre et épices indiennes nommé le biryani. Au bœuf pour moi, au mouton pour Prince®. Les épices sont justement dosées et assemblées. Peu importe le produit, noble ou pas, l’important est de le sublimer et c’est ici très réussi.

Cette foire aux surprises a trouvé son point final avec une glace indienne (gulfi) à la pistache pour Prince® et un gâteau de semoule aux noix de cajou et raisins secs pour moi (hors carte). Là non plus, rien ne parasite l’extase délicieuse !  

Paris regorge d’endroits aussi coquets que douillets où l’on nous gave de cochonneries en tout genre. Le dishny, lui, ne ment pas. Malgré son cadre, il assure un régal sans égal ! Alors, à ce prix là, on ne s’en prive pas ! 

Biryani


25 novembre 2013

Hôtel de ville en clair-obscur

Pas envie que l’ennui soit notre mode de vie. Par chance à Paris, pas de souci ! Rendez-vous est pris pour la nouvelle exposition de l’Hôtel de ville : « Brassaï, Pour l’amour de Paris ».

Affiche

Imaginez un temps où, dans la capitale, le noir de la nuit existait encore. Néons, enseignes lumineuses et halo orangé n’avaient pas encore avalé les abymes de la ville. De ce décor nocturne, Brassaï aime capter le brouillard de la Seine, le reflet des lumières sur les pavés, les ombres furtives… Atmosphère à la fois familière et théâtrale dans laquelle se côtoient les monuments les plus impressionnants et les vespasiennes, les graffitis ou le mobilier urbain.

Du charbon de cette nuit intense surgissent aussi des portraits de parisiens qu’on dirait coupés à la serpe : prostituées, mauvais garçons, travailleurs des Halles, clowns, cartomancières… Le contraste duquel ils apparaissent les rend d’autant plus vivants. On imagine aisément la gouaille de ces tronches insolentes. A cette galerie de personnages hétéroclite, s’associent les artistes que Brassaï fréquente alors comme Picasso, l’un de ses collaborateurs et amis. S’ajoutent aussi des nus aussi troublants que le cadrage est serré. Le grain de peau se mêle au grain du papier. L’envie de toucher nous effleure.

On prend d’abord la mesure de la beauté esthétique des compositions puis ressortent autant de figures et de détails intemporels ou révolus qu’il devient ludique de scruter de près. Le cheminement de cliché en cliché devient un cheminement de fascination en exaltation.

Bonne exposition !

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17 novembre 2013

Triptyque lyonnais

La troisième ville française jouit d’une exceptionnelle situation grâce aux myriades de terroirs qui la cernent : élevages de la Bresse et du Charolais, poissons des lacs savoyards, fruits et légumes de la Drôme ou de l'Ardèche mais aussi vins de Bourgogne, du Beaujolais et de la vallée du Rhône. Elle est le paradis de tous les toqués de cuisine !

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 Pour faire le portrait d’un week-end gourmand au cœur de la capitale de la gastronomie :

1) Peindre d’abord un joli bouchon

Difficile de faire un choix, tant le nombre de cavernes où ripailler est important. Lyon possède en effet l'une des plus grandes concentrations de restaurants par habitant en France. La plupart sont des bouchons, ces restaurants typiques où l'on déguste des spécialités telles que les quenelles, tabliers de sapeur ou cervelles de canut.

Nos hôtes ont choisi de nous faire découvrir le Bouchon de l’Opéra. Le cadre est enchanteur, il se compose d’un joyeux bric-à-brac de meubles rétros, de vaisselle dépareillée et de souvenirs sans queue ni tête.

Notre immersion en gastronomie lyonnaise a débuté par un communard, fameux kir de vin rouge. Puis Prince® a choisi un sabodet sauce beaujolais alors que je me suis laissée tenter par une gaude aux queues d’écrevisses et à la volaille. Kesako ? La première de ces entrées est un saucisson à cuire, la seconde une soupe de farine de maïs bressane. La ronde des saveurs s’est poursuivie par un gratin d’andouillette au Saint-Marcellin et une assiette de cochonnaille. Notre dîner diététique s’est achevé par une terrine glacée au chocolat et un matefaim aux pralines (crêpe épaisse à la farine de maïs).

Cette expérience nous a charmé par l’excellente facture des plats proposés. Seul le manque de subtilité et de finesse entrave le chemin vers la perfection. 

Le Bouchon de l'Opéra ok
Sabodet sauce beaujolais ok

2) Peindre ensuite le ventre de Lyon

Nos pas en terre lyonnaise nous ont également menés jusqu’à la verrière des Halles de Lyon, un passage obligé pour tous les curieux alléchés. Initialement créées en 1858, elles portent aujourd’hui le nom de Paul Bocuse, le plus célèbre chef lyonnais.

Ce fabuleux marché couvert abrite plus de cinquante commerces et restaurants. Un régal pour pupilles, papilles et truffes en alerte ! Les produits régionaux tiennent bien évidement le haut de l’affiche : charcuteries, grattons, escargots, pralines… Le terme « lèche-vitrine » prend ici tout son sens. Et pour qui succombe, des tables sont disposées dans les recoins. Ainsi l’encas de 10h-11h se transforme-t-il souvent en véritable festin. Pour sûr, les gastronomes n’auront plus faim à l’heure du déjeuner !

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Halles de Lyon ok

3) Peindre enfin la maison des délices

Notre visite aux halles a également été l’occasion de croiser la vitrine de la pâtisserie-chocolaterie Délices des sens. Cet établissement tenu par Romaric Boilley possède deux autres adresses à Lyon – l’une au 12 boulevard des Brotteaux, l’autre au 62 cours Vitton – toutes deux dans le 6ème arrondissement. L’originalité de cette enseigne est de faire se côtoyer des bouchées élaborées, des chocolats fins, des macarons, des confiseries avec des douceurs traditionnelles (brioches aux pralines, tartes aux pommes…). Le maître ne snobe pas le terroir, il le sublime.    

Parmi la multitude de couleurs et de charmes déployés, nous avons flanché pour un velouté (brownie, crème vanille et chantilly chocolat lait), un plougastel (pâte sablée, diplomate citron façon pain perdu, coulis de fraise et mousse de pêche blanche), un macaron framboise-litchis et un gâteau marron-meringue. Ces coquets desserts nous ont inondé d’une fiévreuse pâmoison. Je vous les recommande chaudement ! 

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07 novembre 2013

Le Tour du monde en 80 jours

Samedi soir, nous nous sommes rendus au Splendid, célèbre café-théâtre fondé par la troupe éponyme. Nous allions assister à The spectacle, joué depuis plus de 7 ans à Paris : Le Tour du monde en 80 joursLes critiques étaient unanimes : « Un pétulant Tour du monde en 80 fous rires » (Le Canard enchaîné), « Un goûteux plaisir et des acteurs survoltés » (Télérama), « Soixante-quinze minutes de bonheur » (Marianne). Le show avait donc intérêt d’être à la hauteur ! 

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L’intrigue, relativement fidèle à celle de Jules Verne bien que simplifiée, se construit autour de Philéas Fogg, gentleman anglais, et Passepartout, son fidèle serviteur français. En cette année 1872, Philéas Fogg prend le pari de parvenir à faire le tour du monde en quatre-vingts jours, une prouesse potentiellement possible grâce à l’essor récent des moyens de transport.

Ce voyage autour de la Terre prend tour à tour la forme d’un wagon de train, d’une cabine de paquebot, d’un restaurant ou d’un souk. La scénographie, relativement simple, est plutôt laide et participe de la mise en abyme de cette adaptation qui ne se prend pas au sérieux. Le périple est géographique mais aussi chronologique tant les références à l'actualité et les anachronismes sont nombreux.

Des personnages complètement allumés se croisent sur les planches : un taquin vendeur de tapis, une charmante princesse indienne, de grotesques cowboys, un inspecteur de police plus loser tu meurs... Les cinq comédiens changent de rôle à une vitesse incroyable, les dialogues s’enchaînent merveilleusement. Un fou rire en chasse un autre.

Jeux de mots, ingéniosité formelle, complicité des comédiens… Tous les ingrédients sont réunis pour passer un moment vif et rafraîchissant. Vous l’aurez donc compris : je vous recommande vivement cette pièce hilarante !

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29 octobre 2013

Savez-vous danser la macaronade ?

Sucrés ou salés, aux formes et aux couleurs bigarrées, de tous les atours parés, ils sont toujours adorés. Dans les vitrines, dans les cuisines ou dans vos mains envieuses, n’idolâtrez-vous pas les macarons ? Leur vue à elle seule vous transporte dans un océan de douceur, vos jambes deviennent molles et une petite écume se forme à vos lèvres : vous fondez…

Par chance, Prince® est le roi de la macaronade, cette danse qu'il exécute avec brio de temps en temps devant les fourneaux. L’été est déjà loin et pourtant, grâce à sa partition chorégraphique, vous allez vous laisser emporter dans cette ronde aux rythmes endiablés. Cédez donc aux sirènes de la gourmandise et laissez, laissez chalouper vos hanches et votre corps tout entier ! Magnez spatule et cul de poule, vous allez pondre les plus beaux de gâteaux : des macarons tous ronds et délicieusement BONS !  

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Macarons au chocolat :

Ingrédients pour les coques :
- 100 g de blancs d'œuf (cassés au minimum 24 heures à l'avance et laissés à l'air libre plus d'une heure avant la préparation)
- 100 g de poudre d'amande
- 160 g de sucre glace
- 2 cuillères à soupe de chocolat en poudre non sucré

Ingrédients pour la ganache :
- 150 g de chocolat noir
- 60 g de crème fraîche liquide

Tamisez la poudre d'amande et le sucre glace puis mixez l’ensemble le plus finement possible. Cette opération garantie  l’obtention de coques très lisses. Ajoutez le chocolat en poudre et homogénéisez l'appareil.

Dans un autre saladier, montez les blancs d'œuf à vitesse réduite puis, dès que l'ensemble commence à bien mousser, ajoutez le sucre glace en trois fois. Arrêtez de battre quand les blancs sont très fermes et forment de petits pics lorsqu'on sort le batteur.

L'étape suivante – le macaronage − est certainement la plus technique. Incorporez précautionneusement le mélange poudre d'amande et sucre glace aux blancs d'œuf à l’aide d’une spatule. Quand l'ensemble forme des grandes bandes sur la spatule – ni trop rigides, ni trop molles – cessez le macaronage.

Dressez les maracons sur du film cuisson ou des plaques silicone à l’aide d’une poche à douille.

Laissez « crouter » une heure minimum. Cette étape permet aux macarons de bien lever, de se décoller rapidement et de former leur belle collerette. Le temps de « croutage » est suffisant lorsqu’on pose son doigt sur le macaron sans qu’aucune trace n’y reste.

Pendant le « croutage », préparez la ganache. Pour ce faire, mélangez la crème fraîche avec le chocolat sur feu doux et laissez fondre doucement en remuant de temps en temps.

Enfournez les coques à four chaud et laissez cuire environ 13 à 16 minutes selon la puissance de votre four. La cuisson est bonne lorsque le macaron se « tient » sans être sec pour autant.

Décollez délicatement les coques et garnissez-les avec la ganache. Laissez les macarons reposer une nuit au frigo. Ils ne seront que meilleurs…

Alors qui a dit que danser la macaronade était compliqué ?

 

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19 octobre 2013

Au cœur de la diagonale du vide

J’ai la diagonale du vide au cœur. Comme un fromage fondant, son cœur de cantal coule dans mes veines. Un entre-deux des plus savoureux… Chantal et tous les visiteurs de hasard n’oublieront jamais le Cantal : ses paysages tondus par le froid, ses villages pierreux séculaires, ses volcans où rondeurs et vertiges s’entremêlent sensuellement.

Buron de Belle-vue     Cirque de Grandval

Terre de Cantal ce sont aussi ces hommes et ces femmes généreux, attentifs mais terriblement fatalistes. Qu'allons-nous devenir ? Avant que ne meurt le cœur de notre diagonale de cœur, ultime pulsion de vie : on se restaure ici comme nulle part ailleurs. Dans le garde-manger cantalien on trouve ainsi : chou farci, pounti, potée auvergnate, truffade, aligot, charcuterie, tripoux, farçous, bourioles, cornets de Murat... En l'on s'en lèche les doigts plutôt deux fois qu'une !

Si jamais le cœur vous dit d'aller explorer le Sahara français, voici deux bons plans à ne manquer sous aucun prétexte :
-  Chez Geneviève à Saint-Flour
-  L'auberge des Montagnes à Pailherols

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Niché au cœur de la ville haute, dans la fameuse rue des Lacs, le restaurant Chez Geneviève dresse fièrement une ardoise aux milles saveurs. Les tables sont serrées mais les assiettes si copieuses qu’on oublie vite l’inconfort de la promiscuité. Gargantuesques sont les entrées : salade tiède aux pieds de veaux et lentilles de la Planèze pour moi lors de notre dernière visite, salade auvergnate pour Prince®. Deux salades peut-être mais quelle poésie ! Suivirent aligot campagnard-saucisse pour moi et rouelle de tripoux aux lentilles pour lui. Les assiettes recèlent de jolies surprises en terme d’accompagnement mais mauvais point, l’aligot n’est pas maison et ça c’est d’autant plus dommage qu’il se prétend campagnard. Pour finir, nous nous sommes laissé tenter par deux mi-cuits au chocolat. Simple mais efficace !

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Place au meilleur désormais. Plus que bon, il s’agit d’une référence : l’auberge des Montagnes à Pailherols. Une institution familiale dont on se refile l’adresse discrètement depuis de nombreuses années. Car on n’arrive pas ici par hasard. Il faut braver les routes sinueuses et la neige quand celle-ci décide de saupoudrer le paysage. Passé l’entrée, le cadre est chaleureux : lourds rideaux, boiseries, belle vaisselle dans une ambiance calme et bourgeoise sans qu’elle soit pour autant guindée… Le personnel est aux petits soins, la décoration authentique et les prix tous doux. On se sent enveloppé de bien-être comme à la maison un soir de Noël.

La dernière fois, Prince® a choisi le menu du village et moi le menu tradition. La ronde des délices s’est ouverte par une terrine aux noisettes pour lui, tandis que je dégustais une verrine de saumon fumé, crème d’anis en gelée. Simple en apparence mais d’une finesse sans égal. Une succulente entrée de fin d’été… J’ai ensuite opté pour le croustillant de tête de veau et ris de veau, sauce aux câpres. L’équilibre entre gras et acidulé n’était pas aussi réussi qu’il l’aurait pu, dommage… J’avais tendance à zyeuter sur la sublime assiette de Prince® garnie de ravioles, émulsion réglisse et champignons. Une deuxième entrée qui aurait été un plat à part entière dans de nombreux restos. Prince® s’est ensuite régalé d’un confit de canard et moi d’un grenadin de veau. Le tout accompagné de galettes de pommes-de-terre, aumônière de champignons, choux farci et truffade directement servie dans la poêle. Après cela, le charriot de fromages auvergnats a étalé ses charmes devant nos yeux ébahis. Là aussi, les portions sont des plus généreuses. Le charme a fini d’opérer avec des desserts plus que parfaits. Prince® a dégusté le noisetier sous la neige, un brownies léger surmonté d’une boule de glace vanille et d’une fine chantilly. Je m’assurais également une issue en beauté avec les gourmandises : crème brûlée, noisetier sous la neige version mini et macaron fondant à souhait…    

 Terrine aux noisettes   Verrine de saumon   Les gourmandises

Alors quand projetez-vous d’aller vous régaler chez Chantal ?!

09 octobre 2013

Dvd - Ernest et Célestine*

Adaptation de l'oeuvre de Gabrielle Vincent scénarisée par Daniel Pennac, Ernest et Célestine est un film d’animation destiné aux âmes d’enfants quel que soit leur âge…

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Une intrépide souricette prénommée Célestine et Ernest, un vieil ours mal luné, bravent les règles de leur camp respectif pour s’unir autour d’un échange de services. Nourrie par une même passion de l’art – Célestine est artiste-peintre, le plantigrade est chanteur, musicien et raconteur d’histoires − l’entraide qui lie ce duo incongru se transforme peu à peu en amitié.

La bande originale jazzy et les images aquarellées confèrent à ce tableau une esthétique surannée. Dans l’univers pastel des dessins animés pour enfants, le dépouillement, la noirceur et l’artisanat de sa plastique hissent Ernest et Célestine au rang d’OVNI.

Outre son originalité formelle, ce film d’animation séduit par la multitude des cordes sur lesquelles il joue : tantôt sensible ou ironique, tendre voire frondeuse. Il sait sonner juste, ne pas verser dans le manichéisme et nous atteindre en plein coeur.

L’amour de l’art transcende les règles établies, ouvre les voies de l’amitié au-delà des différences et porte un message de tolérance. Pas si bête !

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* article à retrouver dans Vivre Mieux n°34

02 octobre 2013

Incestes en palimpseste

Il est des romans auxquels nous repensons longtemps après. Comme des amis imaginaires, ils nous suivent, nous accompagnent, nous habitent. Il est des romans dont la construction aussi sobre qu’épurée semble tomber sous le sens. Il est des romans aussi courts que des nouvelles mais dont le poids est bien plus lourd qu’il n’y paraît. Il est des romans à ranger dans sa bibliothèque intime. Celle de ses classiques, petites pépites qui nous construisent et exhument des ténèbres une part du monde – de notre monde.

Ces romans nous apprennent à voir et sont constitutifs de notre personne. Voici l’un d’entre eux : Grands-mères de Doris Lessing. 

Perfect mothers

Roz et Lil ont grandi côte à côte. Jumelles de cœur, de parcours, de destiné. C’est dans un décor baigné de soleil que s’écoule leur vie. Elles se marient et mettent au jour la même année deux petits anges, Tom et Ian. Bientôt débarrassées de leur mari  – l’un décède, l’autre part –, Roz et Lil voient grandir leurs fils et devenir aussi beaux que des statues grecques. Roz vit avec Tom dans une grande maison ouverte aux quatre vents en face de celle de leurs amis Lil et Ian.

Mais, dans ce récit, l’idyllique le dispute peu à peu au diabolique. La lumière qui inonde les destins se voile bientôt, laissant pudiquement entrevoir les corps qui s’embrasent.

Roz et Lil   Ian et Tom

Roz console Ian de la perte de son père. Lil et Tom se retrouvent dans la pénombre de la chambre à coucher. Une ombre portée se forme sur le rayonnant bonheur de cette famille recomposée. L’inceste tacite s’immisce lentement dans les interstices de ces amitiés maternelles et maternantes. L’art de la suggestion dessine un troublant clair-obscur. L’union des corps n’est pas filiale mais tellement immorale. Ces relations croisées sondent l’abîme de nos pensées les plus intimes avant d’être rattrapées par le temps. Roz et Lil pourront-elles in fine exercer leur rôle de grands-mères ?

Brillant !

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 Les images sont extraites du film d’Anne Fontaine inspiré de l’œuvre. J’ai désormais hâte de le voir…

18 septembre 2013

Histoire à l’eau de rose

Les fables des mamans narrées le soir au coin du lit ont imprimé dans le cœur des petites filles en fleur d’incandescents espoirs. Délicatesse des êtres, nature luxuriante, pureté des intentions. Des années plus tard, les princesses ont pris une claque. Pacotille, leur décor. Fourbes et viles, ceux qui dictent leur quotidien. Vertigineux, les chiffres du chômage. Remballés guimauves et décors pastels, sortilèges et bave de crapaud sont désormais le lot des princesses au cœur gros.

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Pour retrouver la candeur d’antan, les Cendrillons de la chanson n’ont désormais qu’une solution : s’enfermer dans leur maison, laisser leurs soucis sur le paillasson et monter très fort le son de Richard Sanderson. Et pour parfaire la situation, quoi de mieux qu’un bon shoot d’eau de rose ?

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Namoura : gâteau libanais à la rose

Ingrédients (pour 4 personnes) :
2 cuillères à café de bicarbonate de soude
1 citron jaune
80 g d’eau
8 cuillères à café d’eau de rose
2 cuillères à café de levure
360 g de semoule fine
460 g de sucre semoule
2 yaourts natures 

Mélangez le yaourt et les 160 g de sucre. Ajoutez ensuite dans l’ordre :  la semoule, 4 cuillères à café d’eau de rose, la levure et le bicarbonate. Versez la pâte dans un plat recouvert d’un papier sulfurisé. Mettez au four à 210° C pendant 20 minutes.

Versez les 300 g de sucre restants et l’eau dans une casserole. Zestez le citron et pressez-le au dessus de la casserole. Portez à ébullition et faites bouillir 30 secondes.

Coupez le feu, laissez tiédir et ajoutez 4 cuillères à café d’eau de rose.

Lorsque le gâteau est cuit, recouvrez-le de sirop. Il doit littéralement baigner dedans. Retournez-le plusieurs fois tout en le laissant refroidir. Plus il est imbibé, meilleur il y est. Comme une princesse, ce biscuit aime boire de l’eau de rose…

Coupez-le enfin en carrés ou en losanges.

Ce goûter est un efficace baume au cœur. Et rien qu’en y pensant, son souvenir me met l’eau à la bouche ! 

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01 septembre 2013

Strasbourg toujours…

Auteur génial des Trois brigands, un classique de la littérature jeunesse, je connaissais surtout Tomi Ungerer pour son Nobel de littérature enfantine (le prix Andersen) reçu en 1998. Mais notre périple strasbourgeois et, plus précisément la visite du musée qui lui est consacré, m’ont permis de découvrir le polymorphisme du talent de cet artiste.

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Né en 1931 à Strasbourg, Tomi Ungerer a grandi près de Colmar à l’heure de l’Occupation nazie. Il entame d’abord une carrière de dessinateur publicitaire. Puis il écrit et illustre des albums pour enfants et collabore à plusieurs magazines. Ses nombreux voyages sont l’occasion de se frotter au monde : Laponie, New York, Nouvelle Ecosse, Irlande…

Ainsi l’artiste s’insurge-t-il contre la ségrégation, la guerre du Vietnam, les menaces qui pèsent sur l’environnement, etc., et prône la sensibilisation des enfants aux horreurs de la guerre, la réconciliation franco-germanique… Un tantinet bien pensante mais complètement déjantée dans la forme, son œuvre est à la fois désopilante, corrosive et libre.

Tomi Ungerer n’endort pas les enfants, il façonne pour eux et leur parents des rêves plus grands. « Soyez bêtes, soyez méchants, analphabètes et dégoûtants. » Le monde à travers le prisme d’Ungerer : décapant !

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