Le Prince de Motordu, Tom-Tom et Nana, Rémi sans famille ou Tintin remplacèrent les frères et sœurs avec lesquels j’aurais aimé jouer enfant. Première de la classe en rédaction, dernière en dictée, j’aimais dompter les belles idées mais, tout comme Daniel
23 juin 2014

La maîtresse en maillot de bain

Trois instit’ se mettent à nue. Point de prétentions littéraires ici mais l’envie partagée de dépeindre le quotidien de l’école depuis l’intérieur. Désir d’écrire pour décrire mais aussi, on le découvre peu à peu en filigrane, pour narrer heurs et malheurs d’une fonction souvent décriée. Parce que tous avons été élèves, tous pensons connaître le métier de maître. Ainsi peu de sujets mobilisent autant de points de vue que l’éducation. Repas dominicaux et médias à gogo se chargent d’alimenter chicanes et bavardages. Au fil des mois, trois enseignants se livrent ici pour tordre (peut-être) le cou aux idées reçues…

Le Bonheur à l’école de Dominique Deconinck nous conduit jusqu’au jardin secret de la classe, univers peuplé de figures ingénues que seul l’inspecteur déflore une fois tous les trois ans. Cette instit’, comme elle aime à se nommer, nous fait partager une année de CE1 en relatant les difficultés de certains élèves, la saveur de leur réflexion, la découverte du globe, de Claude Monet… Les enfants grandissent, la maîtresse aussi – même après des années d’enseignement. La curiosité des uns, les obstacles sur le chemin des autres sont autant de leçons pour cette enseignante étrangères aux certitudes et aux réponses prêtes à l’emploi. Fidèle chroniqueuse du quotidien, Dominique Deconinck nous communique à la fois la joie d’enseigner et la magie de l’enfance, un kaléidoscope à travers lequel le monde est une fantaisie.

Le Bonheur à l'école

Avec son Journal de bord d’un directeur d’école, Patrice Romain a quant à lui bien du mal à redorer le blason de notre nationale éducation. L’ambition annoncée de raconter « l’envers du décor » se mue en un inventaire de situations plus grotesques les unes que les autres. Se succèdent le récit de ses coups de cœur pour de jolies mamans, les coucheries entre accompagnateurs de sorties scolaires ou les adultères démasqués de parents d’élèves. Les anecdotes sont croustillantes mais bien trop nombreuses pour paraître authentiques. Nous n’apprenons finalement rien sur les apprentissages ou les fonctions de directeur d’école. Sous l’habit du maître se cache un homme en slip, c’est rassurant, mais lorsque l’envie d’une lecture érotique nous pique, c’est d’un autre corps de métier que l’on choisit le journal de bord… 

Journal de bord d'un directeur d'école

La perle de cette trilogie est sans conteste A trois carreaux de la marge de Laurence Squarcioni. Aujourd’hui maîtresse d’une classe de CP, l’auteur a jadis œuvré dans l’édition et cela se sent : elle a le verbe souple. Ici les enfants sont les véritables héros du journal. Karl, l’hyperactif, Maïko, l’élève modèle, Damon, le gentil grossier, ou encore Sylvie pour qui l’apprentissage de la lecture relève de l’insurmontable épreuve… Sans verser dans le cliché, Laurence Squarcioni sait cerner la personnalité de ses chères têtes blondes, questionner son métier, les pratiques scolaires, ses méthodes… Elle conte aussi moult détails qui font le sel de la profession dont les relations avec les collègues ou les parents, l’affection débordante des élèves, leur impatience ou le pétillant de leur rapport au monde. En résulte une sucrerie drôle, tendre et réaliste à découvrir de toute urgence !

A trois carreaux de la marge

Dominique Deconinck, Le Bonheur à l'école. Journal d'une instit. Paris, L'Iconoclaste, 2013.
Patrice Romain, Journal de bord d’un directeur d’école. Paris, François Bourin éditeur, 2011.
Laurence Squarcioni, A trois carreaux de la marge. Paris, Calmann-Lévy, 2009.


13 mars 2014

Toto 30 ans

toto

Sous ce titre à la Souchon se cache la tête à Toto. Toto a 30 ans tout pile en 2014. Son itinéraire est une accumulation de zéros jusqu’à l’obtention d’un poste de bibliothécaire et d’un salaire étrangement calqué sur sa date de naissance. Cette œuvre réaliste narre par l’exemple les tribulations d’une génération qui a grandi pendant la guerre du Golfe et a accédé au monde du travail au début de la crise (j’ai moi-même commencé à chercher du travail en novembre 2007 alors que la crise des subprimes éclatait outre-Atlantique).

Samuel Lévêque fut d’abord plutôt gâté par la vie. Il s’épanouit dans une famille qu’il qualifie de la classe « moyenne » mais qui de mon point de vue s’apparente plutôt à la classe moyenne + : ses parents sont profs. Ainsi doté d’un solide capital culturel, il décroche un diplôme « dans des domaines où les besoins sont avérés et le nombre d’étudiants formés en rapport avec le nombre d’offres d’emploi, pas un vague DEUG abstrait en sociologie des pygmées ».

Samuel Lévèque

Ce précieux sésame lui permet d’abord d’entrer dans l’antre de Cultura, une enseigne dont la politique RH est à la hauteur de la politique culturelle. Puis, Samuel Lévêque fait ses armes chez ONG conseil, plateforme qui fournit de jeunes et dynamiques porte-voix toujours prêts à haranguer le chaland au beau milieu de la rue. Ces emplois riment avec précarité, pauvreté et flirtent dangereusement avec l'exclusion sociale.

Malgré la noirceur du tableau, nous ne sommes pas acculés par les méandres qui jalonnent le parcours du narrateur. Le gaillard a depuis pris de la hauteur. Il s’en est « sorti ». Ainsi le discours est vif, piquant, ironique et parfois drôle. C’est pas parce qu’on est dans la ***** qu’il faut faire la gueule ! Ainsi ni plainte, ni pathos. Peut-être fut-il à l’époque déçu, voire dégouté ou haineux envers cet assommant système. Ces sentiments ne transparaissent toutefois pas. Cette ellipse rend le récit digeste et même très plaisant.

De la pointe de sa plume décapante, Samuel Lévêque dresse le portrait d’une génération qui, si elle n’a pas bénéficié d’une veine magistrale et/ou sacrifié ses rêves en choisissant un parcours dicté par le climat social, en a bavé ou en bave encore. Malgré nos diplômes, notre persévérance et nos multiples talents, nous sommes maintes fois passés près de l’exclusion. Le fil de la chance n’a jamais été aussi mince. Devant ou derrière, c’est selon. Une belle école de la modestie. Gageons que nous n’oublierons jamais cette difficile naissance au monde du travail et ne traiterons pas à notre tour dans 20, 30 ou 40 ans les jeunes de « petits cons ».

16 décembre 2013

Potion magique à la BNF

Moral dans les chaussettes ? Mine des mauvais jours ? Rate au court-bouillon ? Si comme Prince® et moi vous êtes tombés dans la marmite de Panoramix lorsque vous étiez petits, foncez à la BNF pour replonger illico dans vos meilleurs souvenirs et retrouver le sourire !

Cette immersion en terre gauloise nous mène sur les traces des petits Uderzo et Goscinny, tous deux fascinés par l’univers de Disney bien avant de se connaître. Leurs jeunesses respectives s’écoulent au gré des planches qu’ils dessinent et/ou scénarisent (Iznogoud, Le Petit Nicolas, Lucky Luke…).

Leur rencontre voit naître leurs premières créations communes (Oumpah-Pah), le journal Pilote puis un nouveau personnage sous les traits d’un petit Gaulois facétieux. Malgré l’idée initiale d’Uderzo, Goscinny veut doter Astérix d’un physique d’antihéros. C’est le joyeux drille Obélix qui incarnera l’image d’Epinal du  grand et fort Gaulois (nonobstant une sensibilité à fleur de peau).

Uderzo et Goscinny

Une galerie de moustachus à deux ou quatre pattes apparaît ensuite : Assurancetourix, Abraracourcix, Idéfix… Ces personnages hauts en couleur ressurgissent des oubliettes de notre cervelle et nous font marrer à nouveau. Saviez-vous qu’Idéfix tient son nom d’un concours lancé par Pilote auprès de ses lecteurs ?

Notre plongée en Armorique aborde ensuite les thématiques majeures de la BD : l’amitié, les voyages, les Romains... Antiquités gallo-romaines et planches originales étayent ce savoureux flash-back. Ils sont vraiment fous ces auteurs ! Nous découvrons ici un épisode qu’ils imaginèrent pour répondre aux accusations de misogynie. Les femmes y portent des braies et préparent leur révolution. Par Toutatis, quelle bonne idée !

Exposition Astérix à la BNF

Ce plongeon dans le faitout du druide s’achève par la mise en perspective du phénomène : adaptations cinématographiques, exploitation publicitaire, déclinaison en jeux et jouets, parc d’attractions… Fut un temps où acheter une barre chocolatée ou un baril de lessive sans petits gaulois en plastique à l’intérieur demeurait un miracle !

Visiter Astérix et ses comparses les Gaulois relève donc du bain de jouvence et de truculence. Regonflés à bloc, nous voilà fin prêts à affronter la morosité ambiante. Rien ne vaut une goulée de potion magique pour mobiliser les zygomatiques !

Astérix et Obélix se marrant

Faut rigoler ! Faut rigoler ! Faut rigoler ! Avant que le ciel nous tombe sur la tête !

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07 novembre 2013

Le Tour du monde en 80 jours

Samedi soir, nous nous sommes rendus au Splendid, célèbre café-théâtre fondé par la troupe éponyme. Nous allions assister à The spectacle, joué depuis plus de 7 ans à Paris : Le Tour du monde en 80 joursLes critiques étaient unanimes : « Un pétulant Tour du monde en 80 fous rires » (Le Canard enchaîné), « Un goûteux plaisir et des acteurs survoltés » (Télérama), « Soixante-quinze minutes de bonheur » (Marianne). Le show avait donc intérêt d’être à la hauteur ! 

Tour du monde en 80 jours2

L’intrigue, relativement fidèle à celle de Jules Verne bien que simplifiée, se construit autour de Philéas Fogg, gentleman anglais, et Passepartout, son fidèle serviteur français. En cette année 1872, Philéas Fogg prend le pari de parvenir à faire le tour du monde en quatre-vingts jours, une prouesse potentiellement possible grâce à l’essor récent des moyens de transport.

Ce voyage autour de la Terre prend tour à tour la forme d’un wagon de train, d’une cabine de paquebot, d’un restaurant ou d’un souk. La scénographie, relativement simple, est plutôt laide et participe de la mise en abyme de cette adaptation qui ne se prend pas au sérieux. Le périple est géographique mais aussi chronologique tant les références à l'actualité et les anachronismes sont nombreux.

Des personnages complètement allumés se croisent sur les planches : un taquin vendeur de tapis, une charmante princesse indienne, de grotesques cowboys, un inspecteur de police plus loser tu meurs... Les cinq comédiens changent de rôle à une vitesse incroyable, les dialogues s’enchaînent merveilleusement. Un fou rire en chasse un autre.

Jeux de mots, ingéniosité formelle, complicité des comédiens… Tous les ingrédients sont réunis pour passer un moment vif et rafraîchissant. Vous l’aurez donc compris : je vous recommande vivement cette pièce hilarante !

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02 octobre 2013

Incestes en palimpseste

Il est des romans auxquels nous repensons longtemps après. Comme des amis imaginaires, ils nous suivent, nous accompagnent, nous habitent. Il est des romans dont la construction aussi sobre qu’épurée semble tomber sous le sens. Il est des romans aussi courts que des nouvelles mais dont le poids est bien plus lourd qu’il n’y paraît. Il est des romans à ranger dans sa bibliothèque intime. Celle de ses classiques, petites pépites qui nous construisent et exhument des ténèbres une part du monde – de notre monde.

Ces romans nous apprennent à voir et sont constitutifs de notre personne. Voici l’un d’entre eux : Grands-mères de Doris Lessing. 

Perfect mothers

Roz et Lil ont grandi côte à côte. Jumelles de cœur, de parcours, de destiné. C’est dans un décor baigné de soleil que s’écoule leur vie. Elles se marient et mettent au jour la même année deux petits anges, Tom et Ian. Bientôt débarrassées de leur mari  – l’un décède, l’autre part –, Roz et Lil voient grandir leurs fils et devenir aussi beaux que des statues grecques. Roz vit avec Tom dans une grande maison ouverte aux quatre vents en face de celle de leurs amis Lil et Ian.

Mais, dans ce récit, l’idyllique le dispute peu à peu au diabolique. La lumière qui inonde les destins se voile bientôt, laissant pudiquement entrevoir les corps qui s’embrasent.

Roz et Lil   Ian et Tom

Roz console Ian de la perte de son père. Lil et Tom se retrouvent dans la pénombre de la chambre à coucher. Une ombre portée se forme sur le rayonnant bonheur de cette famille recomposée. L’inceste tacite s’immisce lentement dans les interstices de ces amitiés maternelles et maternantes. L’art de la suggestion dessine un troublant clair-obscur. L’union des corps n’est pas filiale mais tellement immorale. Ces relations croisées sondent l’abîme de nos pensées les plus intimes avant d’être rattrapées par le temps. Roz et Lil pourront-elles in fine exercer leur rôle de grands-mères ?

Brillant !

Couple

 Les images sont extraites du film d’Anne Fontaine inspiré de l’œuvre. J’ai désormais hâte de le voir…


06 août 2013

L'argent ne fait pas le bonheur des pauvres

la maison des anges

Jeune et fringuant agent immobilier, Antonin mène une vie banale partagée entre un travail qu'il aime « bien fait », une petite amie avec qui il vit à mi-temps et un appartement qu’il apprécie propre et rangé. Tout bascule le jour où un clochard entrave le bon déroulement d'une vente importante dans un quartier chic de la capitale. Antonin perd son sang-froid, tabasse l'importun et le laisse choir en pleine rue croyant l'avoir tué. A partir de là, Antonin se sent investi d'une mission : débarrasser Paris de sa fange en éliminant les créatures de l'ombre.

Mi loufoque, mi réaliste, l’équilibre de ce roman ne tient qu’à un fil. Ce même fil qui nous sépare des gueux. Ceux que l’on n’ose plus regarder et qui nous renvoient à la précarité de notre condition humaine, fragile, minable, animale. Ballottés entre rire grinçant et frissons d’effroi, nous devenons spectateurs d’une terrible descente aux enfers. Est finalement pris qui croyait prendre. Antonin devient lui-même un damné de la société.

A travers cette course effrénée dans les bas-fonds de Paris, c’est toute la misère du monde qui nous saute au visage. Ce visage hypocrite et hautain que, tous les matins, nous retournons pour ne plus voir celui qui a dormi à même le sol, celui qui baigne dans son vomi ou dont l’urine inonde les fringues en lambeaux. Pascal Bruckner nous offre une façon inédite de regarder la misère : sans fard et sans apitoiement. Un contrepied aussi truculent que déroutant…  

La Maison des Anges, Pascal Bruckner, Grasset, 318 p., 22 €.       

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16 juin 2013

Radio Classique - « Des histoires en musique »

En ce retour de vacances, la dilettante que je suis vous propose un article récemment paru en version "papier". Me pardonnerez-vous ?

Des histoires en musique

Il est 20 h. Tandis que la télévision déverse son flot de mauvaises nouvelles, existe au pays des enfants une fée qui susurre des histoires tendres, Elodie Fondacci.

A une époque où onirique rime avec électronique et où nos bambins croulent sous une avalanche d’écrans en tout genre, la radio distille des histoires pour dompter le noir et les peurs du soir. Et ça fonctionne : depuis quatre ans, ils sont plus de 100 000 à attendre chaque soir, en pyjama et dents brossées, le top départ vers la mystérieuse contrée de Morphée.

D’un coup de baguette magique, cristaux liquides et cathodiques sont remplacés par une voix magnétique posée sur de la musique classique. La tête sur l’oreiller, les yeux mi-clos et les oreilles grandes ouvertes, nos chères têtes blondes embarquent pour une escapade chimérique de cinq minutes.

Tantôt rieuses et mélodieuses, les intonations de la conteuse savent aussi se faire virulentes, malveillantes et narrer les voies béantes. Avec humour et poésie, ses légendes invitent à rêver le monde et à ne plus compter le temps qui s’égrène doucement et finit sa course au fond du sablier. Oup’s, ça y est, le marchand de sable est passé ! Les parents en ont même oublié le journal télévisé…

Des histoires à retrouver aussi tous les samedis à 9 h, en téléchargement sur www.radioclassique.fr ou aux éditions Gautier-Languereau.

Aux éditions Gautier-Languereau    elodie-fondacci

14 avril 2013

Paris m’a tuer, Sète m’a sauver !

Vivre quotidiennement dans ce boboland cosmopolite qu'est Paris n’est pas toujours une sinécure. D’accord, il y a ces points de vue sublimes qui nous font parfois admettre qu'il s'agit bien de la plus belle ville du monde ; d’accord il y a une foultitude de choses à faire, à voir, à découvrir ; d’accord Paris est Paris et sera toujours Paris. Mais demeure aussi l’absence d’horizon qui résonne intimement avec la nullité des perspectives ; demeure l’entassement des êtres au dessus, en dessous et collés-serrés dans les entrailles de la ville ; demeure enfin ces jours sans fin qui usent et abusent les parisiens comme des chiens.

Fatiguée, débordée, mon blog abandonné, le web j’ai quitté. Mais ce fut momentané ! Me revoici, me revoilà : about cook and book… Pas l’ombre d’un doute, je reprends la route. Je viens aujourd’hui vous parler d’un livre de cuisine très sympa que je viens de découvrir dans le cadre de mon job. La rubrique détente du magazine Vivre Mieux me fait désormais confiance pour sélectionner des livres de cuisine et exhumer de leurs pages une recette traditionnelle française. Quelle veine ! Voici mon tout premier papier :

 

Tielle sétoise

Ma p'tite chronique :

Tour(tes) de France en 192 pages
Cet ouvrage à la mise en pages aussi sobre qu’élégante met à l’honneur les tourtes et pâtés de nos régions qu’ils soient confectionnés à base de légumes, de viande, de fromage... Vous y retrouverez les fameux pâté aux blettes de Nice ou croustade aux pommes du sud-ouest mais aussi des recettes plus originales comme la mozzarella en croûte de pistache ou la tourte bleu d’auvergne-noix. De quoi é-pa-ter tout le monde !
(Tourtes et pâtés de nos régions, Stéphane Reynaud, éditions Marabout, octobre 2012, 19,90 euros.)

Tourtes et pâtés de nos régions 2 Tourtes et pâtés de nos régions 3 Tourtes et pâtés de nos régions couv

Cette fois-ci, j’ai décidé de mettre à l’honneur une spécialité sétoise qui rappellera à beaucoup le bon goût des vacances dans le sud… La tielle a été importée d’Italie au XVIIIe siècle mais ce n’est qu’à partir du début du siècle dernier qu’elle fut commercialisée. Ce plat traditionnel est aujourd’hui vendu dans de nombreuses boutiques, boulangeries et poissonneries du sud de la France. Il s’agit d’une tourte dont la garniture est composée de calamars, de poulpes ou de seiches coupées plus ou moins finement et d’une sauce tomate pimentée. Elle se consomme généralement en entrée, froide ou tiède, selon les goûts et les saisons.

Voici la recette de Stéphane Reynaud pour 6 personnes :

Ingrédients :
500 g de pâte brisée (ou 2 pâtes brisées du commerce)
1 kg de tomates
1 kg de petits calamars
15 cl de vin blanc sec
6 gousses d’ail
4 oignons
50 g d’olives noires dénoyautées
1 branche de céleri
1 c. à soupe de paprika
5 c. à soupe d’huile d’olive
2 c. à soupe de sucre roux
Sel, poivre

La préparation des calamars
Enlever les tentacules des calamars, les vider en nettoyant bien l’intérieur et les rincer abondamment. Les émincer finement en rondelles, garder les tentacules entiers.

La garniture
Enlever les pédoncules des tomates, les plonger 20 secondes dans de l’eau
bouillante et rafraîchir aussitôt. Enlever la peau des tomates, les épépiner. Hacher les chairs. Eplucher l’ail et les oignons, les hacher finement. Emincer le céleri et hacher les olives.

Dans une sauteuse, faire revenir les calamars avec le céleri, l’oignon et l’ail dans 4 cuillerées à soupe d’huile d’olive. Mouiller avec le vin blanc, ajouter les tomates, les olives noires et le sucre. Faire cuire à feu doux pendant 1 heure, le mélange doit bien compoter. Laisser refroidir et assaisonner.

Mélanger le paprika avec une cuillerée à soupe d’huile d’olive.

Le montage et la cuisson
Diviser la pâte en deux et étaler deux disques identiques. Recouvrir une plaque de cuisson de papier sulfurisé et y déposer un disque de pâte. Répartir le mélange aux calamars sur la pâte en laissant un bord de 1 cm. Dorer le bord avec le jaune d’œuf. Recouvrir avec la seconde abaisse. Souder les deux disques de pâte en pinçant les bords et les rouler vers l’intérieur pour bien les coller.

Lustrer la tielle à l’huile de paprika et mettre au four à 180°C pendant 30 minutes.

Tourtes et pâtés de nos régions 4

Cette recette est parfaite pour se vider la tête et oublier les vicissitudes de la vie urbaine. Goûtez puis fermez les yeux : Brassens gratte ses cordes tandis que l’écume des jours se dépose sur la plage de Sète…

12 mars 2013

Cyrille Zen se livre

Quand un événement conjugue mes racines auvergnates, la gastronomie et le petit monde de l’édition, je ne peux que m’enthousiasmer ! C’est donc avec grand-hâte que j’ai décacheté l’emballage portant le seau « Tournez la page » et renfermant l’emplette faite quelques jours auparavant en précommande. Et devinez quel trésor s’y cachait… le premier opus de Cyrille Zen… presqu’encore chaud, tout juste sorti des presses !

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La cuisine de ce chef étoilé auvergnat revêt pour moi un caractère particulier. Nous l’avions pour la première fois goûtée lors de la présentation officielle de Prince® au cours d’un déjeuner à la Bergerie de Sarpoil. Nous l’avions ensuite soutenue des mois durant lors des tribulations de Cyrille Zen dans le mythique programme de M6 : « Top Chef ». Suite à nombre d’entraves, le candidat s’était battu bec et ongles afin de faire triompher sa maîtrise des associations, sa soif d’esthétisme et sa sobriété. Comment ne pas être séduit par tant de modestie en habit de bonhommie ? Mais l’arrogance et l’insolence l’avait finalement emporté. Le charismatique avait eu raison de l’authentique.

En lettres noires, Cyrille grave son nom au sommet de la première de couverture. Du bout de l’épée, il signe ZEN. Après avoir ouvert cet élégant écrin carré, c’est en se léchant les doigts que l’on feuillette les pages concoctées par les éditeurs Christel Durantin et Marc Pinard, deux de mes anciens collègues. Vie d’avant, labeur au cœur des volcans. Les deux trublions ont littéralement décidé de « tourner la page » en créant leur propre maison. Son nom prend la forme d’une injonction à aller de l’avant et/ou à lâcher les claviers dont nous nous sommes amourachés : Tournez la page. La ligne éditoriale qu’ils tissent depuis près de deux ans leur ressemble, elle propose un fonds pratique, dynamique, grand public. Avoir décidé Cyrille Zen à signer un ouvrage sous leur jeune label est un coup de maître. Bravo à eux !

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S’il a deux éditeurs, Cyrille Zen a aussi dans cette aventure deux parrains : Gérard Klein et Christian Constant. Le comédien, lui aussi parisien installé en auvergne, signe hélas une quatrième de couverture un peu décevante. Les mots sont vides de sens et, outre son statut d’ami, on se demande un peu quelle est la valeur ajoutée de ce chaperonnage… Le second parrain, Christian Constant, est également une caution cathodique mais c’est sur le plan gastronomique qu’il est évidement légitime. Ancien chef du Crillon et du Ritz, il fait partie du jury de « Top Chef ». Outre le bien-fondé de son rôle de préfacier, Christian Constant connaît bien son poulain. Il se remémore notamment l’un des plats qui l’avait étonné autant que régalé : homard, ris de veau, pomme granny… Nous voici déjà en appétit !

En guise d’amuse-bouche, Cyrille Zen revient sur son parcours depuis sa naissance à Saint-Germain-en-Laye jusqu’à la finale de « Top Chef ». Dans ce récit, point de pudeur : ennuis pécuniaires, difficultés scolaires, manque de confiance en soi… Le chef nous dit tout ; un petit peu trop peut-être... Au risque de briser l’auréole mystérieuse qui fait de certains hommes de grands hommes. Hélas, contrat M6 oblige peut-être, nous ne saurons rien des coulisses de l’émission… Puis c’est au tour d’Audrey, sa sommelière d’épouse, de narrer les méandres qui l’ont conduite jusqu’à la Bergerie. Les produits du marché Saint-Pierre et les coulisses du restaurant sont ensuite dévoilés à travers deux séances photo alternant couleur puis noir&blanc.

Puis les recettes s’égrainent au fil des saisons sous des titres lunaires et poétiques dans une typo bâton des plus esthétiques. Macarons à la Fourme d’Ambert ; Dos de lieu jaune en croûte d’herbes, rattes primeur et ail rose de Billom ; Pot-au-feu de foie gras, légumes racines ; Millefeuille framboises basilic ; Sphère en fusion mangue-chocolat. Le chef est généreux : il émaille ses recettes de conseils futés, le montage est précisément expliqué, Audrey Zen propose quelquefois un ou deux vins à associer au met. Comme celles de tous les grands chefs, les recettes sont longues et complexes. Mais Cyrille Zen offre aussi aux cuistots du dimanche des recettes plus simples. Les photos de Luc Olivier sont lumineuses, alléchantes et captent avec subtilité la gourmandise qui émane des assiettes du chef. Seul bémol : les arrière-plans  sont parfois un peu chargés ce qui nuit à la mise en valeur de certaines assiettes.

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Les producteurs auvergnats chez lesquels Cyrille Zen se fournit sont également à l’honneur : Céline Montmory, productrice de lait de brebis, Pascale Taisne de la Bruyère, productrice de framboises, Antoine Chenard, éleveur d’escargots, Patrick Peron, trufficulteur. En plus d’être une sacrée gratification, cet éclairage est gage de traçabilité des produits. Et le récent « chevalgate » nous a prouvé, si nous l’avions oublié, à quel point cet aspect de la chaîne alimentaire est important ! Toutefois, cette mise en lumière rend d’autant plus flagrante l’ombre portée sur l’équipe de la Bergerie. Hormis un frêle remerciement à la fin de l’ouvrage, nulle mention ou présentation n’en est faite. Or, bien que Zen, je doute que le chef travaille seul…

Cet ouvrage ne révolutionne pas le genre, là n’est pas sa vocation. Les recettes sont belles, détaillées, le format intelligent. Les titres et les portraits des producteurs chez lesquels le chef s’approvisionne sont particulièrement bien tournés, ce qui n’est pas chose courante dans les livres du genre. Cet ouvrage offre à Christel et Marc une formidable rampe de lancement pour prouver leur savoir-faire en matière de beau livre et notamment de livre gastronomique. Pour Cyrille Zen, cette sortie est une nouvelle occasion de médiatiser sa créativité culinaire et de l’exporter au-delà de nos vertes contrées.

15 février 2013

Brooklyn follies

Après avoir ingurgité deux insipides souplettes de lettres, je ne voulais plus me tromper. Un jus tonique et gouleyant était fermement attendu. Et je n’ai pas été déçue en choisissant Brooklyn follies de Paul Auster. Ce roman d’excellente facture m’a littéralement « enlivrée ». Il s’agit d’un cru racé et soyeux. Comme un breuvage exquis, on aime à en savourer et en décomposer chaque note, gorgée après gorgée on le goûte lentement, il est long en bouche, on s’en souvient immuablement après la dégustation…

Je connais peu la littérature américaine contemporaine. Toutefois, je garde un souvenir ému des quelques romans : Dalva de Jim Harison, Into the Wild de Jon Krakauer, La Route de Cormac MacCarthy. L’immensité et la splendeur des paysages font écho à l’âme des personnages. La correspondance de ces dimensions est saisissante. J’avais brièvement fait connaissance avec l’écriture de Paul Auster, il y a quelques années, grâce au Noël d'Auggie Wren, une nouvelle adaptée pour le jeune public par l’illustrateur français Jean Claverie. Paul Auster ne décrit pas les vastitudes américaines, ses décors sont urbains et humains. 

    Brooklyn follies visuel de couverture         Paul Auster

Brooklyn follies narre les tribulation de Nathan Glass, un jeune retraité venu s’installer à Brooklyn pour couler des jours tranquilles. Son divorce, son cancer et les trente ans qu’il a passé au sein d’une compagnie d'assurances sont désormais derrière lui. Il décide de consigner dans un livre ses souvenirs, ses pensées, ses grandes et petites histoires mais aussi celles des gens qu'il a croisés, rencontrés ou aimés. Un matin de printemps, Nathan retrouve son neveu Tom dans une librairie. Perdu de vue depuis de longues années, ce garçon reprend très vite la place qui fut la sienne dans le cœur et dans la vie de son oncle. Et c'est ensemble qu'ils vont dorénavant partager leurs émotions, leurs faiblesses, leurs utopies, mais aussi et surtout, le rêve d'une vie meilleure.

Le style est brut voire sec. Dépourvu d’ornement, le vocabulaire et les phrases toujours simples, précis, laconiques. Pas de description physique des personnages ou de peinture des paysages. Auster s’intéresse à l’âme humaine qu’il dépeint en situation. Ainsi se dessine une galerie de personnages à travers des attitudes, des inspirations, des mots et des maux. Car s’ils sont invariablement optimistes, chaque être est ici blessé et en quête d’autre chose, un destin qui transcenderait le quotidien dans lequel il évolue. Nathan cherche à reconstruire une vie paisible, Tom à trouver sa voie professionnelle et amoureuse. Emane d’eux un optimisme, une profondeur et une force qui nous enthousiasme, nous porte et nous lie intimement à leurs destins.

Brooklyn         brooklyn-folies

L’une des intrigues qui mobilise nos protagonistes est la recherche de la mère absente de Lucy, la nièce de Tom. En fuite, Aurora a envoyée Lucy se réfugier à Brooklyn. Malgré son mutisme inquiétant, la fillette soude encore davantage l’amitié de l’oncle et du neveu. Ce personnage nous ramène continuellement à l’abîme laissé par une mère, une sœur, une nièce. Quoi qu’il arrive, l’ombre plane… S’il trouve une dénouement heureux, ce file rouge pose en filigrane la question des sectes et plus largement des dérives de la religion. L’aventure d’Aurora fait écho à l’aurore de l’islamisme. Le prénom n’a certainement été choisi au hasard. A la veille du 11 septembre, annoncé dans les dernières pages du roman, ce leitmotiv paraît a posteriori annonciateur voire prélude aux cauchemars de l’Amérique contemporaine. Toute-puissante hier, touchée de plein fouet par la simple « grâce » de Dieu aujourd’hui.  

La physionomie simpliste de l’écriture d’Auster est en fait le vecteur de messages à différents degrés oscillant entre optimisme et profond désarroi. Les situations et les actes les plus anodins finissent par s’emboîter et le schéma narratif par trouver un sens général. L’art de rationaliser les événements et de nous renforcer dans l’idée que les faits du hasard ne sont jamais vains est parfaitement maîtrisé. Remis en perspective, ces épisodes dressent une chronique des temps modernes dont la fluidité est surprenante. Le microcosme initialement brossé rencontre in fine le macrocosme d’une monde global dont l’avenir est incertain.

Bravo Monsieur Auster, grâce à vous, j’ai retrouvé L’IVREsse !

Posté par Plume tonka à 20:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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