Trois instit’ se mettent à nue. Point de prétentions littéraires ici mais l’envie partagée de dépeindre le quotidien de l’école depuis l’intérieur. Désir d’écrire pour décrire mais aussi, on le découvre peu à peu en filigrane, pour narrer heurs et malheurs d’une fonction souvent décriée. Parce que tous avons été élèves, tous pensons connaître le métier de maître. Ainsi peu de sujets mobilisent autant de points de vue que l’éducation. Repas dominicaux et médias à gogo se chargent d’alimenter chicanes et bavardages. Au fil des mois, trois enseignants se livrent ici pour tordre (peut-être) le cou aux idées reçues…

Le Bonheur à l’école de Dominique Deconinck nous conduit jusqu’au jardin secret de la classe, univers peuplé de figures ingénues que seul l’inspecteur déflore une fois tous les trois ans. Cette instit’, comme elle aime à se nommer, nous fait partager une année de CE1 en relatant les difficultés de certains élèves, la saveur de leur réflexion, la découverte du globe, de Claude Monet… Les enfants grandissent, la maîtresse aussi – même après des années d’enseignement. La curiosité des uns, les obstacles sur le chemin des autres sont autant de leçons pour cette enseignante étrangères aux certitudes et aux réponses prêtes à l’emploi. Fidèle chroniqueuse du quotidien, Dominique Deconinck nous communique à la fois la joie d’enseigner et la magie de l’enfance, un kaléidoscope à travers lequel le monde est une fantaisie.

Le Bonheur à l'école

Avec son Journal de bord d’un directeur d’école, Patrice Romain a quant à lui bien du mal à redorer le blason de notre nationale éducation. L’ambition annoncée de raconter « l’envers du décor » se mue en un inventaire de situations plus grotesques les unes que les autres. Se succèdent le récit de ses coups de cœur pour de jolies mamans, les coucheries entre accompagnateurs de sorties scolaires ou les adultères démasqués de parents d’élèves. Les anecdotes sont croustillantes mais bien trop nombreuses pour paraître authentiques. Nous n’apprenons finalement rien sur les apprentissages ou les fonctions de directeur d’école. Sous l’habit du maître se cache un homme en slip, c’est rassurant, mais lorsque l’envie d’une lecture érotique nous pique, c’est d’un autre corps de métier que l’on choisit le journal de bord… 

Journal de bord d'un directeur d'école

La perle de cette trilogie est sans conteste A trois carreaux de la marge de Laurence Squarcioni. Aujourd’hui maîtresse d’une classe de CP, l’auteur a jadis œuvré dans l’édition et cela se sent : elle a le verbe souple. Ici les enfants sont les véritables héros du journal. Karl, l’hyperactif, Maïko, l’élève modèle, Damon, le gentil grossier, ou encore Sylvie pour qui l’apprentissage de la lecture relève de l’insurmontable épreuve… Sans verser dans le cliché, Laurence Squarcioni sait cerner la personnalité de ses chères têtes blondes, questionner son métier, les pratiques scolaires, ses méthodes… Elle conte aussi moult détails qui font le sel de la profession dont les relations avec les collègues ou les parents, l’affection débordante des élèves, leur impatience ou le pétillant de leur rapport au monde. En résulte une sucrerie drôle, tendre et réaliste à découvrir de toute urgence !

A trois carreaux de la marge

Dominique Deconinck, Le Bonheur à l'école. Journal d'une instit. Paris, L'Iconoclaste, 2013.
Patrice Romain, Journal de bord d’un directeur d’école. Paris, François Bourin éditeur, 2011.
Laurence Squarcioni, A trois carreaux de la marge. Paris, Calmann-Lévy, 2009.