Alors que la quenelle est dans toutes les bouches, alors que notre président fait les choux gras de toutes les feuilles de choux, alors que la gueule de bois affecte le plus distingué des footballeurs français, je ne vous donnerai point la recette de l’illustre spécialité lyonnaise, ni celle de la potée (un plat de saison qui dépote), ni ne vous livrerai les secrets du cocktail Le ballon d’or dont la simple vue provoque pourtant un défilé insolite de costumes lamés du meilleur goût.

Non, non, non, je ne m’abaisserai point à cette petite musique polémique préférant un boléro gastro aux notes enchanteresses. Je vous invite donc à me suivre à travers une bal(l)ade gourmande en trois actes. Vous découvrirez deux succulentes adresses dans deux villes françaises visitées dernièrement – Colmar et Reims – doublées d’une découverte parisienne pas piquée des hannetons.

Pour commencer notre voyage, fermez les yeux et imaginez une ville en forme de décor de poupées. Ajoutez à cela la magie de Noël, le froid nonobstant un équipement complet d’Eskimo (3 pulls+bonnet+gant+double chaussettes). Vous voici à Colmar en plein marché de Noël ! Pour parfaire le tableau, ajoutez quelques verres de vin chaud (celui du stand de Martin Jund est excellent) et une ribambelle de gourmandises (chez Gilg, CocoLM et Richon, on se régale).

Dans LE quartier de Colmar, où les pièges à touristes semblent rivaliser d’ingéniosité pour vous faire pousser la porte, se cache un cadre cosy tout en bois et vieux souvenirs : le Winstub La Petite Venise. Allons voir de plus prés les trésors que recèle cette marmite typiquement colmarienne… Le service est un peu lent, tant pis, il y a beaucoup d’éléments de déco à admirer et le spectacle des cuisines s’offre aux yeux curieux grâce à un espace totalement ouvert. Le repas s’ouvre sur un foie gras maison copieux et délicieusement parfumé… Une choucroute superbe et pas trop grasse contente ensuite Prince® tandis qu’un jambonneau braisé et fondant fait mon bonheur. L’accompagnement en éventail chaud/froid apporte un peu de fraîcheur à ce plat : crudités, frisée aux lardons, poêlée de pommes de terre, rehaussé d’une exquise sauce chaude au raifort. Les assiettes sont si garnies que nous ne pouvons atteindre le dessert, dommage ! Quant au service, il est aimable mais débordé.

La-petite-venise

Foie gras

Nos bottes de sept lieues nous ont aussi menés jusqu’à Reims, sa cathédrale, ses maisons de champagne… et ses petites adresses proposées par une autochtone gastronome en mal de bonhomme bien que plutôt mignonne (me contacter si intéressé !). Des bulles plein le tête, le ventre enclin à la découverte, cette dernière nous a entraîné jusqu’au Cul de Poule. On ne découvre pas ce postérieur de gallinacé par hasard ! Il se niche dans une rue sombre et excentrée de l’hyper-centre. Contrairement à Colmar, le service est ici aux petits oignons. On se sent comme à la maison, entourés d’âmes sympathiques et dévouées. Le menu se déploie sur une grande ardoise peu pratique à déchiffrer mais prouvant que le chef ne cède pas à la routine. Dur, dur de faire un choix tant les propositions sont nombreuses et toutes plus alléchantes les unes que les autres !

Finalement, nous nous décidons pour une Cocotte d’escargots à l’ail et aux cèpes, un Risotto de coquillettes au mont d’or et chips de pancetta et un Saumon cru, yakitori, piment doux, comme un sashimi. En un plat, Le Cul de poule balaye toutes mes certitudes sur le poisson cru. Les Japonais n’ont qu’à bien se tenir ! Le poisson fond littéralement sur la langue et délivre des arômes aigre-doux subtils et équilibrés. Un grand plat malgré une portion un peu mince… Pour continuer, la tablée choisit de nager dans le bonheur : Sandre au mont d’or, chips de pancetta et purée truffée pour elle, Encornés planchés, chorizo planché et purée truffé pour lui. Cette purée me fait de l’œil, je pense ne pas tarder à l’improviser à mon tour à la maison. Quant à mon Tartare, il est coupé au couteau, goûteux, délicieux. Cette spécialité de la maison se décline ici à toutes les sauces. Qui aurait cru que l'on pouvait faire autant de chose avec de la viande crue ? Repues, nous ne pouvons prendre de dessert. Mais Prince®, lui, ne se laisse pas intimider et fait honneur au Fameux pot de crème à l’ancienne, chicoré, clafoutis, glace noisette. Fameux d’après ses dires. Bref, on recommande cette belle enseigne. Seule la salle, très bistrot, me laisse un brin perplexe. Les tables élimées ne font pas honneur aux grâces de l’assiette.

Risotto de coquillettes au mont d’or et chips de pancetta

Saumon cru, yakitori, piment doux, comme un sashimi

Enfin, dans un tout autre registre, nous sommes allés nous restaurer aux Tablettes de Jean-Louis Nomicos, charmante adresse du très chic 16ème arrondissement de Paris. Le cadre est douillet mais ne sent pas la naphtaline, bien au contraire. La modernité est ici de rigueur dans un très beau camaïeu d’orangé et de crème aux accents sixties. Par chance, une formule club (entrée, plat, fromage dessert, café et vin) à 58 euros est régulièrement renouvelée et permet d’accéder à ce type d’établissement prestigieux. Pour nous mettre en appétit, un velouté de châtaigne au foie gras surmonté d’une écume de parmesan ensorcèle nos papilles. Forcément, la barre est d’emblée mise très, très haut !

Puis, nous choisissons la Salade d’hiver/foie gras de canard/colvert/vinaigrette/huile de noisette. La présentation est digne d’un véritable artiste : équilibrée, colorée, exhalant des parfums divins. Et le goût, rehaussé d’une vinaigrette au jus de viande, tient toutes ses promesses. Un classique de la gastronomie française sort ensuite du chapeau : le Lièvre à la Royale façon sénateur Couteaux agrémenté d’une timbale de macaronis. Pour qui ne connaît pas ce plat (comme moi), l’expérience est un peu déconcertante de prime abord. Le lapin est cuit de longues heures dans son sang et dans du vin de sorte à obtenir une sorte de rillette chaude. La sauce est à la fois sucrée et aromatique. La dégustation unique ! Pour poursuivre, une petite quenelle de chèvre frais nous est présentée. L’assemblage du fromage avec le piment doux, l’huile d’olive et la marjolaine s’avère frais et tonique. Une belle réussite ! Suit un Mont-blanc et sa sauce chocolat chaud. La meringue croquante laisse découvrir un cœur vanille qui s’étale dans le chocolat et le marron. Ce déjeuner trouve son point final avec un café et quelques mignardises.

L’étoile qui salue le talent du chef n’est pas déméritée ! La gentillesse de l’œnologue et ses conseils avisés graveront également ce repas dans nos mémoires. Son plaisir à parler des élixirs qu’il sélectionne est communicatif et donne envie d’y plonger le nez. Seul bémol chez Nomicos, les autres membres du personnel sont froids et distants. Le chic, le choc et le chèque ne brisent pas la glace du vaniteux 16ème.

Les tablettes de Jean-Louis Nomicos

Lièvre à la Royale façon sénateur Couteaux