Quand, pour mon anniversaire, mon père m’a offert des soins dans un institut ayurvédique, j’ai d’abord pensé « tiens, maître Yoga a encore agit ». Fortement inspiré par le yoga qu’il pratique et enseigne, mon papa frôle parfois la monomanie. Cet univers me plaît autant qu’il m’intrigue mais je me méfie du charlatanisme et du sectarisme. D’abord un peu déboussolée – il me semblait que j’avais bien besoin d’autres choses en ces temps de vache-maigre – j’ai ensuite pensé qu’une partie de papouillage-dorlotage pourrait quand même être sympa.

Au cœur du XVe, un quartier où se côtoient de beaux logements en brique, des commerces exotiques et l’imprimerie nationale, se trouve le centre Tapovan. Cet endroit se définit comme un point de rencontre, un lieu d'échange authentique dans une atmosphère paisible, chargée d'énergie régénérante, un lieu où se mêlent l'Orient et l'Occident. Puisant son inspiration dans l'Ayurvéda, une tradition millénaire de l'Inde, le centre privilégie le développement de chacun vers l'harmonie, la joie d'être, la joie de vivre pour lui permettre de progresser et d'évoluer. Quel programme ! A la fois zen et ambitieux, n’est-ce pas ?! L’espace se compose d’un salon de thé-librairie-boutique simple et convivial, où l’on trouve encens, huiles de massage, épices, etc., et d’un sous-sol où les soins sont prodigués. Le décor y est plutôt spartiate mais le vrai luxe se cache sûrement ailleurs…

058%20web  tapovan  Dossier_3_cTapovan_B119_w692_h397_r4_q90

J’ai commencé mon exploration de l’ayurvédisme par un soin appelé SHIRCHAMPI. Il s’agit d’un massage de la tête et du visage aux huiles ayurvédiques. Le descriptif précise : les mouvements du massage ayurvédique suivent des trajets subtils qui nous guident vers un voyage intérieur unique et passionnant. Voyons voir ! On commence ce massage assis puis le termine couché sous les mains habiles d’une masseuse d’origine indienne pour qui les points de contraction du crâne humain n’ont pas de secret. Le massage des oreilles est particulièrement agréable. Pourquoi négligeons-nous tant cette partie du corps si souvent malmenée et à même de capter le pire ? Cette séance de 45 minutes s’est très bien passée, je suis sortie détendue et pleinement consciente de la complexité de l’enveloppe crânienne. Tant de tensions se nichent ici qu’un massage balaye ! L’expérience est positive. Seul hic : j’ai détesté prendre le métro la tête grasse comme une pouilleuse. Je crois vraiment que ce type de massage n’est pas conseillé aux coquettes parisiennes qui doivent fendre la foule pour rentrer chez elles. Superficielle ? Oui, hélas !  

Mon deuxième rendez-vous fut pris pour recevoir unsoin de beauté du visage répondant au doux nom de SAUNDARYA. La masseuse m’a demandé de me coucher sur un tapis de yoga, les jambes légèrement rehaussées par un coussin, puis s’est assise derrière moi. Je l’ai entendue mélanger plusieurs produits qu’elle a ensuite appliqués en couches épaisses sur mon visage : yaourt, farine de pois-chiche et huile essentielle de basilic. Après avoir laissé poser cette mixture quelques minutes, elle l’a délicatement gommé puis rincé. Après ce peeling, elle a déposé de la gaze mouillée sur mon visage ainsi qu’un masque — toujours composé par ses soins — : yaourt, poudre d’amande, poudre de coco, farine de châtaigne, huile essentielle de lavande, pomme et banane. Elle l’a laissé agir très longtemps, un peu trop peut-être, mais il faut reconnaître qu’elle ne chômait pas, préparant pendant ces intermèdes les produits à venir. Elle a ensuite retiré la gaze, rincé et appliqué un tonique. Le soin s’est terminé par un agréable massage du visage, du buste, de la nuque et du haut du dos avec une huile de sésame puis une crème. Finalement, ce soin est très similaire à ceux pratiqués en institut de beauté classique : nettoyage de peau, masque puis massage. Mais les produits sont naturels et les gestes très sûrs !

  Tapovan massage 2  Tapovan massage 1  Tapovan massage 3

Le troisième soin choisi était un UDVARTANA, c’est-à-dire un modelage tonique du corps avec un mélange de farine de pois chiches et d’épices ayurvédiques comme la cannelle, le gingembre ou le curcuma, un excellent antiseptique. Ce soin de trois quarts d’heure nettoie la peau en profondeur, diminue la cellulite, active la circulation sanguine et affine la silhouette, parfait après les fêtes ! Je me suis couchée sur le vendre avant d’être recouverte dudit mélange. Puis la masseuse a commencé à frotter, malaxer, pincer, masser fermement mes pieds, mes mollets, mes cuisses et ainsi de suite en remontant jusqu’à mes cervicales. Après cela, je me suis retournée et elle a massé mon corps de bas en haut en suivant le même circuit, sans oublier les bras, les mains puis le visage. Ce n’est pas toujours agréable. Les pincements dans le dos sont même douloureux. J’ai pensé à Gérard Jugnot dans Les Bronzés puis à cette phrase dans la bouche de ma mère ironique quand, enfant, elle me démêlait les cheveux : « il faut souffrir pour être belle ». Le lendemain, alors que mon dos me faisait un peu mal, j’ai demandé à Prince® si ma peau était plus douce qu’auparavant. Et, à ma grande surprise, il s’est enthousiasmé. Alors peut-être que ce jeu (sadique) en valait finalement la chandelle…

Au terme de ces trois expériences, le soin de beauté du visage (Saundarya) est celui qui m’a le plus séduite. Le moment est magique et vaut de loin tout ce que j’ai vécu en instituts classiques où les esthéticiennes font souvent du travail à la chaîne et aucune « petite cuisine » comme ici. Les gestes sont appliqués, vraiment déstressants et la peau sublimée. Shirchampi, le massage du crâne, est une expérience intéressante mais il faut prévoir un bonnet en sortant ! En revanche, Udvartana, le dernier soin reçu, m’a laissée perplexe. Je trouve ce massage trop tonique voire incommodant et la peau n’est pas aussi nette qu’après un bon hammam. L’expérience spirituelle se niche, quant à elle, dans la détente qui découle des massages bien qu’elle ne me semble pas aussi profonde que lors d’une séance de yoga. Je projette de retourner chez Tapovan pour recevoir un grand massage du dos. Soin pour lequel j’aurais dû opter au lieu du gommage à la farine de pois chiche. Car, s’il faut souffrir pour être belle, chez Tapovan, il faut être bête pour souffrir !